Les démons Gadaréniens

 

Mat. 8, 28-34

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Bien-aimés dans le Christ,

L'Évangile de ce jour nous conduit dans un lieu étrange et inquiétant. Après avoir apaisé la tempête sur le lac, notre Seigneur Jésus-Christ aborde le pays des Gadaréniens. À peine est-Il descendu de la barque que deux hommes possédés par les démons viennent à sa rencontre. L'Évangéliste nous dit qu'ils vivaient parmi les tombeaux et qu'ils étaient si violents que personne n'osait passer par ce chemin.

Ces quelques versets nous révèlent bien plus qu'un simple miracle. Ils mettent devant nos yeux le drame de toute l'humanité. D'un côté, le Christ, venu apporter la vie. De l'autre, un monde marqué par la mort, la peur et l'esclavage du péché. Mais ce qui frappe surtout dans ce récit, ce sont les différentes réactions devant la présence du Seigneur. Car le Christ ne laisse jamais personne indifférent. Sa venue oblige chacun à se révéler tel qu'il est.

La première réaction est celle des démons.

À peine aperçoivent-ils Jésus qu'ils s'écrient : « Qu'y a-t-il entre nous et toi, Fils de Dieu ? Es-tu venu ici pour nous tourmenter avant le temps ? »

Quel paradoxe ! Ceux qui sont les ennemis de Dieu reconnaissent immédiatement Celui qui se tient devant eux. Les démons ne doutent pas de l'identité du Christ. Ils savent qu'Il est le Fils de Dieu. Ils savent qu'Il est leur Juge. Ils savent que leur pouvoir n'est que provisoire et qu'ils devront répondre de leurs œuvres.

Cela nous enseigne une vérité profonde. Il ne suffit pas de connaître Dieu intellectuellement. Il ne suffit pas de savoir que le Christ est Seigneur. Les démons le savent mieux que nous, mais cette connaissance ne les sauve pas, parce qu'ils ne L'aiment pas. Leur intelligence reconnaît la vérité, mais leur volonté demeure enfermée dans la révolte.

C'est pourquoi saint Jean Chrysostome écrit :

« Les démons confessent le Christ non par amour, mais parce qu'ils sont contraints par la vérité. La confession qui ne naît pas de l'amour ne procure aucun salut. »

Cette parole doit nous interroger. Nous sommes orthodoxes. Nous confessons le Credo. Nous connaissons peut-être les offices, les jeûnes, les saints canons et les enseignements des Pères. Tout cela est précieux, tout cela est nécessaire. Mais la vraie foi n'est pas une accumulation de connaissances religieuses. La vraie foi est une rencontre avec une Personne. Elle est une communion vivante avec le Christ. Une théologie qui ne devient pas prière finit par dessécher le cœur. Une connaissance qui ne conduit pas à l'humilité peut nourrir l'orgueil au lieu de conduire au salut.

Après les démons vient la réaction des habitants de la région.

Les gardiens du troupeau courent annoncer ce qui vient de se produire. Toute la ville sort à la rencontre de Jésus. Nous pourrions penser qu'ils vont tomber à ses pieds. Après tout, deux hommes que personne ne pouvait maîtriser viennent d'être délivrés. Deux vies détruites viennent d'être restaurées. Le Sauveur est au milieu d'eux.

Pourtant, l'Évangile nous dit une phrase bouleversante : « Ils prièrent Jésus de quitter leur territoire. »

Ils ne contestent pas le miracle. Ils ne disent pas qu'il est faux. Ils savent qu'il s'est produit. Mais ils préfèrent perdre le Sauveur plutôt que de perdre leurs biens.

Saint Hilaire de Poitiers écrit :

« Ils préférèrent leurs biens terrestres à la présence du Sauveur ; ils montrèrent ainsi que leur cœur était davantage attaché aux choses visibles qu'au Royaume invisible. »

Frères et sœurs, cette scène est d'une actualité saisissante. Nous imaginons facilement que nous aurions accueilli le Christ avec joie. Pourtant, combien de fois Lui demandons-nous, nous aussi, de quitter notre territoire ?

Chaque fois que l'Évangile dérange nos habitudes, chaque fois que le Christ nous appelle à pardonner alors que nous voulons nous venger, chaque fois qu'Il nous demande de renoncer à une passion que nous chérissons, chaque fois qu'Il nous invite à donner alors que nous voulons accumuler, chaque fois qu'Il réclame la première place alors que nous préférons nos projets, nos plaisirs ou notre confort, nous Lui disons, sans paroles peut-être mais par nos actes : « Seigneur, éloigne-Toi. Ne bouleverse pas ma vie. »

Le Christ ne s'impose jamais. Il respecte profondément la liberté qu'Il nous a Lui-même donnée. Il frappe à la porte, mais Il ne la défonce pas. L'amour véritable ne contraint jamais. Voilà pourquoi les habitants de Gadara peuvent demander au Seigneur de partir... et Il part. Quel mystère douloureux ! Dieu Lui-même accepte d'être rejeté par ceux qu'Il est venu sauver.

Cependant, au milieu de ce refus, il y a une espérance immense.

Les deux démoniaques sont désormais libres. Eux qui vivaient parmi les tombeaux retrouvent leur dignité. Dans le récit parallèle de saint Luc, l'un d'eux est retrouvé assis aux pieds de Jésus, vêtu et dans son bon sens. Quelle magnifique image de la restauration de l'homme !

Les tombeaux représentent la mort spirituelle dans laquelle le péché enferme l'humanité. Les passions finissent toujours par défigurer celui qui s'y abandonne. Elles promettent la liberté mais produisent l'esclavage. Elles promettent le bonheur mais engendrent l'angoisse. Elles promettent la vie mais conduisent peu à peu vers la mort.

Le Christ, Lui, ne vient pas seulement chasser les démons. Il vient restaurer en l'homme l'image de Dieu obscurcie par le péché.

Saint Cyrille d'Alexandrie l'exprime admirablement :

« Lorsque le Christ chasse les démons, Il ne retire pas seulement un ennemi ; Il rend à l'homme sa dignité première afin qu'il retrouve la beauté de l'image divine. »

Voilà toute la bonne nouvelle de l'Évangile. Le salut n'est pas seulement le pardon de nos fautes. Il est la restauration de notre être tout entier. Dieu ne veut pas simplement nous rendre un peu meilleurs ; Il veut nous rendre capables de participer à sa vie. C'est ce que les saints Pères appellent la déification, la théosis. Selon la parole de saint Athanase le Grand : « Dieu s'est fait homme afin que l'homme devienne dieu par la grâce. »

Cette transformation commence dès ici-bas. Chaque confession sincère, chaque Divine Liturgie, chaque communion reçue avec repentir, chaque combat contre les passions, chaque acte d'amour envers notre prochain restaure progressivement en nous l'image du Christ.

Alors, frères et sœurs, cet Évangile ne parle pas seulement des habitants de Gadara. Il parle de chacun de nous.

À chaque Divine Liturgie, le Christ traverse de nouveau la mer pour venir jusqu'à nous. Il entre dans notre assemblée. Il nous parle dans les Écritures. Il Se donne à nous dans son Corps très pur et son Sang très précieux. Il frappe doucement à la porte de notre cœur.

La seule question est celle-ci : quelle sera notre réponse ?

Ressemblerons-nous aux démons, qui connaissent la vérité sans aimer Celui qui est la Vérité ?

Ressemblerons-nous aux habitants, qui préfèrent leurs sécurités à la présence du Sauveur ?

Ou ressemblerons-nous à ces hommes délivrés, qui acceptent que le Christ transforme entièrement leur existence ?

Demandons aujourd'hui au Seigneur de nous donner un cœur humble, un cœur libre, un cœur capable de L'accueillir sans réserve. Demandons-Lui d'arracher de nous tout ce qui nous éloigne de Lui, afin que, purifiés de nos passions et renouvelés par sa grâce, nous devenions peu à peu ce pour quoi nous avons été créés : des icônes vivantes de son Fils. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

Sermon délivré le 20 juin 2026 au skite orthodoxe saint Séraphime de Platina

Matthieu 7,24–8,4

 

La maison bâtie sur le roc ou sur le sable

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Bien-aimés dans le Seigneur,

L’Évangile que nous venons d’entendre réunit deux scènes qui, à première vue, semblent distinctes : la parabole de la maison bâtie sur le roc et la guérison du lépreux. Pourtant, elles nous révèlent ensemble le même mystère : la foi véritable n’est pas seulement une parole prononcée, elle est une vie construite sur le Christ.

Le Seigneur conclut le Sermon sur la montagne par ces mots : « Quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. »

Le Christ ne dit pas : « Heureux celui qui écoute », mais : « Heureux celui qui met en pratique. » L’écoute seule ne suffit pas. Beaucoup admirent l’Évangile ; peu le laissent transformer leur cœur. Saint Jean Chrysostome commente ce passage en soulignant que « le Seigneur ne loue pas ceux qui écoutent seulement, mais ceux qui traduisent Ses paroles en actes ».

La pluie tombe, les torrents viennent, les vents soufflent. Le Seigneur ne promet pas une existence sans épreuves. La vie chrétienne n’est pas l’absence de tempêtes, mais la présence d’un fondement inébranlable.

Quel est ce roc ? L’Église répond d’une seule voix : le roc, c’est le Christ Lui-même.

Nous bâtissons sur le roc lorsque nous fondons notre vie sur la prière, les saints mystères, la repentance, le pardon et l’obéissance aux commandements.

Lorsque notre foi repose seulement sur nos émotions, nos habitudes ou nos succès, la maison finit par s’écrouler. Mais lorsque notre vie est enracinée dans le Christ, aucune épreuve ne peut nous séparer de Son amour.

Puis l’Évangile nous montre un lépreux qui s’approche du Seigneur. Cet homme était exclu de la société, considéré comme impur, privé de la proximité des autres. Pourtant, il s’avance avec une foi profonde et dit : « Seigneur, si Tu le veux, Tu peux me purifier. »

Remarquons qu’il ne doute pas de la puissance du Christ ; il s’en remet humblement à Sa volonté.

Et Jésus accomplit un geste bouleversant : Il étend la main et le touche.

Celui que personne n’osait approcher est touché par Dieu Lui-même.

Le Seigneur ne craint pas notre misère. Il ne s’éloigne pas de nos blessures, de nos péchés ou de nos chutes. Il vient à notre rencontre pour nous relever.

La lèpre du corps devient ici l’image de la lèpre de l’âme : le péché qui nous isole de Dieu, qui défigure en nous l’image divine et qui brise la communion avec nos frères.

Mais le Christ demeure lui-même aujourd’hui. Dans le mystère de la confession, Il touche encore nos blessures. Dans la sainte Eucharistie, Il nous purifie et nous unit à Lui.

Ainsi, ces deux passages nous adressent un même appel.Construis ta maison sur le Christ. Approche-toi de Lui avec humilité. Mets Sa parole en pratique. Et n’aie pas peur de Lui montrer tes blessures. Car la maison bâtie sur le roc est aussi le cœur purifié par la grâce.

Saint Basile le Grand rappelle que « la foi se manifeste dans la vie selon les commandements », car la connaissance de Dieu sans l’obéissance demeure stérile.

Demandons-nous aujourd’hui : sur quoi ai-je construit ma vie ? Sur mes propres forces, sur les opinions du monde, ou sur le Christ ?

Et avec le lépreux, osons répéter chaque jour : « Seigneur, si Tu le veux, Tu peux me purifier. »

Alors, même si les vents soufflent et si les torrents se déchaînent, notre maison ne s’écroulera pas, car elle sera fondée sur Celui qui est la Pierre angulaire, notre Seigneur Jésus-Christ.

À Lui soient la gloire, avec Son Père sans commencement et le Très-Saint, Bon et Vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev

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L’œil est la lampe du corps

 

Mat . 6, 22-33

« Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une seule coudée à la durée de sa vie ? » (Mt 6,27)

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Bien-aimés frères et sœurs en Christ,

L’Évangile que nous venons d’entendre nous parle de quelque chose que chacun de nous connaît intimement : notre regard et nos inquiétudes. Le Seigneur dit : « La lampe du corps, c’est l’œil. Si ton œil est sain, tout ton corps sera dans la lumière ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres » (Mt 6, 22-23). Puis Il poursuit en nous demandant de ne pas nous inquiéter pour notre vie, pour notre nourriture ou pour nos vêtements, en nous montrant les oiseaux du ciel et les lis des champs.

À première vue, ces deux enseignements semblent différents. Pourtant, ils parlent de la même réalité : l’état de notre cœur devant Dieu.

Lorsque le Christ parle de l’œil, Il ne parle pas seulement de l’organe qui voit les choses visibles. Les saints Pères comprennent cet œil comme le regard intérieur de l’homme, cette faculté spirituelle par laquelle nous discernons la présence de Dieu et orientons notre vie. Si cet œil est simple, pur, tourné vers Dieu, alors toute notre existence est illuminée. Mais si ce regard est obscurci par les passions, par l’amour excessif des biens terrestres, par l’orgueil ou par la peur, alors même les choses les plus belles deviennent source de confusion et de ténèbres.

C’est pourquoi le Seigneur enchaîne immédiatement sur le thème de l’inquiétude. Car qu’est-ce qui obscurcit si souvent notre regard intérieur, sinon la préoccupation incessante pour les choses de ce monde ? Nous nous inquiétons pour demain, pour notre santé, pour nos familles, pour notre travail, pour l’avenir de l’Église, pour l’avenir du monde. Bien sûr, certaines de ces préoccupations sont légitimes. Le Christ ne nous demande pas d’être négligents ou irresponsables. Mais Il nous avertit contre cet état intérieur où l’inquiétude devient plus forte que la confiance, où nos pensées tournent sans cesse autour des problèmes au point de perdre de vue la présence de Dieu.

Le Seigneur nous dit : « Regardez les oiseaux du ciel. » Il ne dit pas seulement : pensez aux oiseaux. Il dit : regardez-les. Apprenez d’eux. Ils ne vivent pas dans l’angoisse permanente. Ils reçoivent chaque jour ce que Dieu leur accorde. Puis Il nous invite à contempler les lis des champs. Eux non plus ne s’inquiètent pas de leur apparence, et pourtant Dieu les revêt d’une beauté que les plus grands rois n’ont jamais possédée.

Pourquoi le Christ nous donne-t-Il ces exemples ? Parce qu’Il veut nous rappeler une vérité simple que nous oublions sans cesse : nous avons un Père. Nous croyons parfois en Dieu comme Créateur, comme Juge, comme Maître de l’univers, mais nous oublions qu’Il est notre Père. Et un père prend soin de ses enfants. Lorsque nous vivons dans l’inquiétude continuelle, nous agissons souvent comme si nous étions seuls dans l’univers, comme si tout dépendait exclusivement de nos propres forces.

Saint Séraphim Rose, dont nous pouvons particulièrement nous souvenir en cette semaine où l’Église célèbre tous les saints des Terres Américaines, observait que l’homme moderne est constamment dispersé par les préoccupations extérieures et qu’il perd ainsi le sens de la réalité spirituelle. Il écrivait que le chrétien doit apprendre à voir les événements de ce monde à la lumière de l’éternité. Voilà précisément ce que le Seigneur nous enseigne aujourd’hui. Tant que nous regardons notre vie uniquement à travers les problèmes immédiats, nous sommes écrasés par leur poids. Mais lorsque nous regardons toute chose à la lumière du Royaume de Dieu, les mêmes difficultés prennent une autre dimension.

Cela ne signifie pas que les épreuves disparaissent. Les saints eux-mêmes ont connu la pauvreté, la maladie, les persécutions et les souffrances. Les saints des Terres Américaines que nous célébrons cette semaine ont souvent vécu dans des conditions extrêmement difficiles. Pourtant, ils avaient cette paix intérieure qui naît de la confiance en la Providence divine. Ils savaient que Dieu ne les abandonnerait jamais.

Saint Séraphim Rose disait également que la paix que recherche le monde ne peut être trouvée dans les circonstances extérieures, mais seulement dans le Christ. C’est une parole que nous devons entendre aujourd’hui. Nous passons souvent notre vie à attendre le moment où toutes nos difficultés seront résolues pour enfin être en paix. Mais ce moment n’arrive jamais. Une inquiétude remplace une autre et ainsi de suite. Le Christ nous offre une autre voie : trouver la paix non pas après les épreuves, mais au milieu même des épreuves, par la confiance en Lui.

Frères et sœurs, l’Évangile d’aujourd’hui nous invite donc à examiner notre regard intérieur. Où est fixé notre œil ? Sur les soucis de ce monde ou sur le Royaume de Dieu ? Sur nos peurs ou sur les promesses du Christ ? Sur nos propres forces ou sur la Providence du Père céleste ?

Si nous voulons que notre âme soit illuminée, nous devons apprendre à revenir sans cesse vers le Seigneur dans la prière, à déposer devant Lui nos inquiétudes et à Lui faire confiance. Cela demande un combat quotidien. Mais c’est le chemin de la liberté chrétienne. Plus nous nous abandonnons à Dieu, plus la lumière du Christ éclaire notre cœur.

Demandons donc aujourd’hui au Seigneur de purifier notre regard intérieur, afin que nous puissions voir Sa présence dans toutes les circonstances de notre vie. Demandons-Lui de nous délivrer de l’inquiétude stérile qui consume nos forces et obscurcit notre âme. Et que, par les prières de tous les saints des Terres Américaines, Il nous accorde cette confiance simple et profonde qui fait vivre les saints : la certitude que notre Père céleste sait ce dont nous avons besoin et qu’Il ne nous abandonnera jamais.

Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev

 

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La foi qui attire le Christ

 

Matthieu 8, 5-13

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Frères et sœurs bien-aimés,

L'Évangile que nous venons d'entendre nous présente la rencontre admirable entre notre Seigneur Jésus-Christ et le centurion de Capharnaüm. Cette rencontre est brève, mais elle contient un enseignement profond sur la foi, l'humilité et la puissance de la parole divine.

Le centurion était un officier romain, un homme étranger au peuple d'Israël. Selon les apparences, il était loin des promesses faites aux patriarches et aux prophètes. Pourtant, c'est précisément cet homme que le Christ donne en exemple à tous. Pourquoi ? Parce qu'il possède ce qui est plus précieux aux yeux de Dieu que toute noblesse, toute science ou toute puissance terrestre : une foi vivante et humble.

Lorsque son serviteur tombe gravement malade, le centurion ne s'abandonne pas au désespoir. Il se tourne vers le Christ. Il reconnaît en Jésus non pas simplement un maître ou un prophète, mais Celui qui détient une autorité divine sur la maladie, la souffrance et même sur la création tout entière.

Le Seigneur lui répond aussitôt : « J'irai et je le guérirai. » Quelle condescendance divine ! Le Fils de Dieu, Créateur du ciel et de la terre, est prêt à entrer dans la maison d'un païen pour sauver un simple serviteur. Ainsi se manifeste l'amour de Dieu qui ne connaît ni frontière, ni race, ni condition sociale.

Mais la réponse du centurion est encore plus étonnante :

« Seigneur, je ne suis pas digne que Tu entres sous mon toit ; mais dis seulement une parole, et mon serviteur sera guéri. »

Ces paroles sont parmi les plus belles de tout l'Évangile. Elles révèlent deux vertus inséparables : l'humilité et la foi.

L'humilité d'abord. Cet homme est puissant selon les critères du monde. Il commande des soldats ; il possède l'autorité militaire ; pourtant, devant le Christ, il se considère comme indigne. Il ne revendique aucun mérite. Il ne s'appuie ni sur sa position ni sur ses œuvres. Il se tient devant Dieu comme un pauvre qui implore la miséricorde.

Saint Jean Chrysostome remarque que le centurion dépasse même ceux qui appartenaient au peuple élu, car « il ne demande pas que le Christ vienne, mais il croit qu'une parole seule suffit pour accomplir le miracle ». Ainsi son humilité devient le fondement de sa foi.

Cette foi est extraordinaire. Le centurion comprend que la puissance du Christ n'est pas limitée par la distance. Lui-même connaît l'obéissance militaire : lorsqu'il donne un ordre, ses soldats l'exécutent. De même, il croit que les maladies, les forces de la nature et toutes les puissances invisibles obéissent au Seigneur de l'univers.

Saint Hilaire de Poitiers enseigne que le centurion reconnaît dans le Christ « l'autorité du Verbe de Dieu par lequel toutes choses ont été créées ». Ce n'est donc pas seulement un miracle qu'il demande ; c'est la manifestation de la puissance créatrice du Verbe éternel.

Le Seigneur s'émerveille alors et déclare :

« Je vous le dis en vérité, même en Israël je n'ai pas trouvé une aussi grande foi. »

Quelle parole redoutable ! Beaucoup possédaient la Loi, les prophètes, le Temple et les promesses ; pourtant ils n'avaient pas cette confiance absolue dans le Christ. Le centurion, lui, n'avait pas reçu ces privilèges, mais son cœur était ouvert à Dieu.

Le Seigneur profite alors de cette occasion pour annoncer le salut universel : « Beaucoup viendront de l'orient et de l'occident et seront à table avec Abraham, Isaac et Jacob dans le Royaume des cieux. »

L'Église voit dans cette prophétie l'appel de toutes les nations. Le salut n'est pas réservé à un peuple particulier ; il est offert à tous ceux qui croient. Les portes du Royaume sont ouvertes à chaque homme qui accueille le Christ avec foi et repentir.

Saint Cyrille d'Alexandrie explique que le centurion devient l'image des nations païennes appelées à entrer dans l'Église, tandis que ceux qui refusent de croire s'excluent eux-mêmes du banquet du Royaume.

Frères et sœurs, cet Évangile nous invite à examiner notre propre foi. Nous sommes peut-être baptisés depuis longtemps. Nous connaissons les prières, les offices et les enseignements de l'Église. Mais avons-nous la confiance du centurion ? Croyons-nous réellement que le Christ peut guérir les blessures de notre âme ? Croyons-nous que Sa parole est capable de transformer notre vie ?

Nous répétons souvent avant la sainte Communion des paroles inspirées de ce centurion : « Je ne suis pas digne que Tu entres sous le toit de mon âme. ». C’est la prière de Saint Jean Chrysostome, la deuxième après le canon dans la règle de prières avant communion. Ces mots ne doivent jamais devenir une simple habitude. Ils doivent exprimer la vérité de notre cœur. Comme le centurion, nous devons nous approcher du Christ avec une profonde humilité, mais aussi avec une confiance sans réserve dans Sa miséricorde.

Le Seigneur n'a pas demandé au centurion des raisonnements compliqués ni des exploits extraordinaires. Il a accueilli sa foi simple, sincère et humble. C'est cette foi qui a obtenu la guérison du serviteur et qui a attiré l'admiration même du Christ.

Demandons donc aujourd'hui au Seigneur de nous accorder cette foi du centurion : une foi qui ne doute pas de Sa puissance, une foi qui s'enracine dans l'humilité, une foi qui s'abandonne totalement à Sa volonté.

Alors nous entendrons nous aussi, au jour de Son Royaume, cette parole de bénédiction : « Qu'il te soit fait selon ta foi. »

À notre Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, soient toute gloire, tout honneur et toute adoration, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

 

Saints Martyrs Royaux

Jn 15, 17-27

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Bien-aimés frères et sœurs dans le Christ, aujourd’hui l’Église fait mémoire des Saints Martyrs Royaux : le saint empereur Nicolas II, la sainte impératrice Alexandra, le tsarévitch Alexis, les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia, ainsi que leurs fidèles serviteurs. En les glorifiant, l’Église ne célèbre pas une puissance terrestre, mais une famille chrétienne qui a porté sa croix jusqu’au bout.

Le Seigneur nous dit dans l’Évangile : « Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres. Si le monde vous hait, sachez qu’il m’a haï avant vous. »

Ces paroles se sont accomplies dans leur vie. Au début du XXᵉ siècle, la Russie traversait une crise profonde : la guerre, la misère et les divisions politiques déchiraient le pays. Après la révolution de 1917, les bolcheviks, conduits par Lénine, prirent le pouvoir. Leur idéologie athée voulait bâtir une société sans Dieu et considérait l’Église orthodoxe comme un obstacle à éliminer. Le tsar, oint de Dieu selon la tradition russe, devint alors le symbole d’un monde qu’ils voulaient détruire.

Lorsque Nicolas II abdique, il renonce à la couronne pour éviter une guerre civile. Commence alors un véritable chemin de Croix. La famille impériale est emprisonnée, transférée de Tsarskoïe Selo à Tobolsk, puis à Ekaterinbourg. Elle perd sa liberté, ses biens et toute sécurité humaine. Pourtant, les témoignages de l’époque montrent qu’elle ne cesse de prier. Chaque jour est rythmé par la lecture de l’Évangile et des Psaumes. Plus l’épreuve devient lourde, plus leur confiance en Dieu grandit.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, les autorités bolcheviques d’Ekaterinbourg ordonnent leur exécution. Conduits au sous-sol de la maison Ipatiev, l’empereur, son épouse, leurs enfants et leurs fidèles serviteurs sont fusillés. Les bourreaux cherchent ensuite à faire disparaître leurs corps afin d’effacer toute trace de ce crime.

Mais ce que les hommes voulaient ensevelir, Dieu l’a glorifié. Ceux qui semblaient vaincus sont devenus des martyrs du Christ. Leur mort marque le début d’une immense persécution contre l’Église russe : des milliers d’évêques, de prêtres, de moines, de moniales et de fidèles seront emprisonnés ou exécutés parce qu’ils refusaient de renier leur foi.

Saint Jean Chrysostome écrit : « Rien ne rend l’homme aussi fort que la patience dans les épreuves ; celui qui supporte tout avec action de grâce devient invincible. »

Cette parole décrit admirablement les Saints Martyrs Royaux. Leur force ne venait pas du pouvoir impérial, mais de leur communion avec le Christ. Ils avaient perdu leur royaume terrestre, mais ils recevaient déjà le Royaume des cieux.

Le Seigneur ajoute : « Lorsque viendra le Consolateur, l’Esprit de vérité, il rendra témoignage de moi ; et vous aussi, vous rendrez témoignage. » Les martyrs rendent témoignage non seulement par leurs paroles, mais par leur manière de souffrir. Ils montrent que l’amour du Christ est plus fort que la peur et que la mort.

Saint Isaac le Syrien nous enseigne : « Le cœur miséricordieux brûle d’amour pour toute la création, pour les hommes et même pour ceux qui font le mal. »

Voilà la véritable victoire des Saints Martyrs Royaux. Leurs bourreaux ont pu prendre leur vie, mais ils n’ont pas réussi à remplir leur cœur de haine. Comme le Christ sur la Croix, ils ont choisi la paix et l’abandon à la volonté de Dieu.

Frères et sœurs, nous ne sommes peut-être pas appelés au martyre, mais nous sommes appelés chaque jour à un martyre intérieur : pardonner, rester fidèles à la vérité, prier malgré les difficultés et faire de nos familles de véritables Églises domestiques.

Demandons aujourd’hui aux Saints Martyrs Royaux d’intercéder pour nous. Qu’ils fortifient nos familles dans la foi, qu’ils obtiennent la paix pour le monde et qu’ils nous donnent le courage de demeurer fidèles au Christ, quelles que soient les épreuves que nous rencontrerons.

Car le véritable triomphe n’est pas celui des puissants de ce monde. Le véritable triomphe est celui de ceux qui demeurent avec le Christ jusqu’à la fin.

Par les prières des Saints Martyrs Royaux, Seigneur Jésus-Christ notre Dieu, aie pitié de nous et sauve-nous. Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev

 

 

La Transfiguration

 

 

Frères et sœurs bien-aimés,

En cette grande fête de la Transfiguration de notre Seigneur Jésus-Christ, l'Église nous conduit avec les Apôtres Pierre, Jacques et Jean sur le mont Thabor. Et là, devant eux, le Christ se transfigure. Son visage resplendit comme le soleil, ses vêtements deviennent blancs comme la lumière, et les disciples contemplent pendant un instant la gloire divine du Christ. Puis apparaissent Moïse et Élie, qui s'entretiennent avec Lui.

Il est intéressant de nous demander pourquoi l'Église nous montre précisément Moïse et Élie auprès du Christ. Pourquoi ces deux hommes ? Élie représente les prophètes, et Moïse représente la Loi. Toute l'Ancienne Alliance semble être présente autour du Christ. Mais il y a quelque chose de particulièrement touchant dans la présence de Moïse.

Quand nous regardons la vie de Moïse, nous découvrons qu'il y a deux choses qu'il a profondément désirées et qui lui ont été refusées pendant sa vie terrestre.

La première, c'est de voir le visage de Dieu. Après avoir parlé avec Dieu et après avoir reçu tant de révélations, Moïse ose demander au Seigneur : « Fais-moi voir ta gloire. » Mais Dieu lui répond : « Tu ne pourras pas voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre. » Dieu permet à Moïse de connaître Sa présence, de contempler quelque chose de Sa gloire, mais Il ne lui permet pas de voir pleinement Son visage.

La deuxième chose que Moïse n'a pas reçue, c'est l'entrée dans la Terre promise. Pendant quarante ans, il a conduit le peuple d'Israël dans le désert. Il a supporté ses murmures, ses révoltes et ses infidélités. Il a porté ce peuple jusqu'aux portes de la Terre promise. Pourtant, lui-même n'y entre pas. Dieu lui permet de voir la terre depuis le mont Nébo, mais Il ne lui permet pas d'y entrer.

Voilà donc Moïse : un homme qui a servi Dieu pendant toute sa vie, un homme qui a souffert pour Dieu, un homme qui a conduit Son peuple, et pourtant, à la fin de sa vie, deux de ses désirs les plus profonds ne sont pas accomplis.

Mais alors arrive le Thabor. Et c'est ici que nous découvrons quelque chose de merveilleux sur notre Dieu. Dieu n'avait pas oublié Moïse.

Ce que Moïse n'avait pas reçu pendant sa vie terrestre, Dieu allait le lui donner d'une manière beaucoup plus grande.

Moïse avait demandé : « Fais-moi voir ta gloire. » Et maintenant, sur le mont Thabor, Moïse se tient devant le Christ transfiguré. Celui dont il n'avait pas pu contempler pleinement la face est devant lui dans Sa gloire. Le visage du Christ resplendit comme le soleil. Moïse contemple cette gloire divine qu'il avait autrefois demandée. Mais Dieu ne lui donne pas seulement ce qu'il avait demandé. Il lui donne davantage.

Parce que Moïse n'est pas simplement devant une manifestation de la gloire de Dieu. Il se trouve devant le Christ Lui-même, le Fils de Dieu devenu homme. Celui que Moïse n'avait pas pu voir pleinement dans l'Ancienne Alliance, il Le rencontre maintenant dans la plénitude de Sa révélation.

Et il y a encore cette deuxième demande non accomplie.

Moïse n'était pas entré dans la Terre promise. Il l'avait vue de loin, mais il n'y était pas entré. Et maintenant, nous le retrouvons sur une montagne, en présence du Christ.

Il comprend alors, d'une certaine manière, que la véritable Terre promise n'était pas simplement un territoire. La véritable promesse de Dieu n'était pas seulement une terre où Israël pourrait vivre. La véritable promesse était la communion avec Dieu Lui-même. Et cette communion, Moïse la reçoit auprès du Christ.

Ainsi, ce que nous pensions être un refus de Dieu apparaît finalement comme quelque chose de beaucoup plus mystérieux. Dieu n'avait pas dit à Moïse : « Je ne te donnerai jamais cela. » Dieu lui avait dit, en quelque sorte : « Pas de cette manière. Pas encore. Je prépare quelque chose de plus grand. »

Et je crois que c'est une parole très importante pour chacun de nous. Parce que nous avons tous, dans notre vie, des choses que Dieu ne nous a pas données.

Nous avons prié pour certaines choses. Nous avons demandé à Dieu de changer certaines situations. Nous avons demandé une guérison, une solution, une porte qui s'ouvre, une rencontre, un travail, une réconciliation, quelque chose que nous pensions bon pour nous. Et parfois, malgré nos prières, la situation ne change pas.

Alors nous pouvons être tentés de penser : « Dieu m'a refusé. Dieu ne m'a pas écouté. Dieu m'a oublié. »

Mais la vie de Moïse et la fête de la Transfiguration nous demandent de regarder les choses autrement. Parce que le silence de Dieu n'est pas nécessairement un abandon. Et un refus de Dieu n'est pas nécessairement la fin. Parfois, Dieu ne nous donne pas ce que nous demandons parce qu'Il veut nous donner quelque chose que nous ne savons même pas encore demander.

Nous demandons que Dieu enlève la croix, mais Il peut nous donner la force de porter cette croix avec Lui. Nous demandons la Terre promise, et Dieu veut nous donner le Royaume.

Que le Christ transfiguré nous donne donc la grâce de Lui faire confiance, même lorsque nous ne comprenons pas. Qu'Il nous apprenne à accepter Sa volonté, non pas avec résignation, mais avec foi.

Et qu'un jour, comme Moïse sur le Thabor, nous puissions nous aussi contempler Sa gloire et comprendre pleinement que derrière toutes les grâces reçues, derrière toutes les épreuves traversées, derrière même certains refus que nous ne comprenions pas, se trouvait toujours l'amour de Dieu qui nous conduisait vers quelque chose de plus grand.

A Lui la gloire avec le Fils et le Saint Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen. 

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

« Que me manque-t-il encore ? »

 

Le piège d’une foi fondée sur nos mérites

 

 

Frères et sœurs,

 

L’Évangile d’aujourd’hui nous présente un homme qui vient à Jésus avec une question qui, au fond, est la question de toute vie chrétienne : « Maître, que dois-je faire de bon pour avoir la vie éternelle ? » A première vue c’est un homme sérieux, religieux, honnête. Il ne vient pas pour discuter avec Jésus, mais parce qu’il cherche véritablement la vie éternelle. Jésus lui rappelle les commandements, et l’homme répond : « Tout cela, je l’ai observé depuis ma jeunesse. Que me manque-t-il encore ? » Cette dernière question est peut-être la plus importante de tout le passage : « Que me manque-t-il encore ? »

Parce qu’il est possible de faire beaucoup de choses bonnes et pourtant de sentir qu’au fond de nous quelque chose manque. Nous pouvons être honnêtes, généreux, fidèles à nos devoirs, prier, aller à l’Église, respecter les commandements, et malgré tout ne pas avoir encore donné à Dieu la première place dans notre cœur. Cet homme a fait beaucoup de bien, mais il sent qu’il lui manque encore quelque chose. Et Jésus ne méprise pas tout ce qu’il a fait. Dans l’Évangile selon saint Marc, il est même précisé qu’avant de lui parler, « Jésus posa son regard sur lui et l’aima ». Voilà quelque chose d’essentiel : Jésus ne lui parle pas comme à un homme mauvais, mais comme à un homme qu’il aime et qu’il veut conduire plus loin.

C’est justement parce qu’il l’aime que Jésus lui dit : « Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux. Puis viens, suis-moi. » Et l’Évangile nous dit que le jeune homme s’en alla tout triste, parce qu’il avait de grands biens. Nous pourrions être tentés de penser que le problème de cet homme est simplement qu’il est riche. Mais les Pères de l’Église nous invitent à aller plus profondément. Saint Jean Chrysostome montre que le problème n’est pas simplement de posséder des richesses, mais de devenir possédé par elles. On peut avoir des biens sans leur appartenir ; mais on peut aussi devenir esclave de ce que l’on croit posséder.

Et c’est là que cet Évangile commence véritablement à nous parler. Peut-être que notre attachement n’est pas l’argent. Peut-être est-ce notre confort, notre réputation, notre travail, notre besoin de contrôler, notre orgueil, notre désir d’avoir raison, une relation, une habitude ou simplement notre manière de vivre dont nous ne voulons pas nous détacher. La question que Jésus pose à chacun de nous n’est donc pas seulement : « Est-ce que tu fais le mal ? » Il nous demande quelque chose de plus profond : « Qu’est-ce qui, dans ta vie, prend la place qui devrait être la mienne ? »

Le jeune homme demande : « Que dois-je encore faire ? » Mais Jésus lui révèle que le problème n’est plus ce qu’il doit faire, mais ce qu’il doit abandonner. Il avait observé les commandements, mais il n’était pas encore libre. Il voulait la vie éternelle, mais il ne voulait pas lâcher ce qui lui donnait sa sécurité ici-bas. Il voulait suivre Jésus, mais il voulait aussi conserver ce qui occupait déjà la première place dans son cœur.

C’est une tentation que nous connaissons tous. Nous pouvons dire au Seigneur : « Je veux te suivre, mais ne touche pas à ceci. Je veux ta paix, mais je ne veux pas abandonner mon ressentiment. Je veux ta volonté, mais je veux continuer à tout contrôler. Je veux être libre, mais je ne veux pas renoncer à cette habitude. Je veux te donner ma vie, mais je veux garder une partie de mon cœur pour moi. » Et peut-être est-ce précisément là que le Christ nous attend.

Saint Augustin a cette magnifique parole : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en toi. » Le jeune homme riche avait beaucoup, mais il n’avait pas encore trouvé le repos de son cœur. Et nous aussi, nous pouvons posséder beaucoup de choses, rechercher beaucoup de réussites, accumuler beaucoup de sécurités, et pourtant rester intérieurement insatisfaits. Pourquoi ? Parce que rien de ce que nous possédons ne peut prendre la place de Dieu. Notre cœur a été créé pour lui.

Alors Jésus nous demande aujourd’hui de regarder honnêtement notre propre vie et de reprendre la question de cet homme : « Seigneur, que me manque-t-il encore ? » Et il faut avoir le courage d’écouter la réponse. Peut-être que le Seigneur nous montrera quelque chose que nous préférerions ne pas voir. Peut-être nous montrera-t-il précisément ce à quoi nous sommes le plus attachés. Mais il ne le fait pas pour nous condamner. Il le fait pour nous libérer. Le Christ ne nous demande pas de renoncer pour nous laisser pauvres ; il nous demande de lâcher ce qui nous empêche de recevoir ce qu’il veut nous donner.

Remarquons d’ailleurs que Jésus ne dit pas simplement au jeune homme : « Vends tes biens. » Il ajoute : « Puis viens, suis-moi. » Le but n’est pas le dépouillement en lui-même. Le but, c’est Jésus. Le christianisme n’est pas seulement une morale, une liste de règles ou une manière correcte de vivre. C’est une rencontre avec le Christ et une marche derrière lui. Jésus ne veut pas seulement que nous soyons de bonnes personnes ; il veut que nous devenions ses disciples.

Et c’est pourquoi la fin du passage est si importante. Lorsque les disciples entendent Jésus parler de la difficulté d’entrer dans le Royaume, ils lui demandent : « Qui donc peut être sauvé ? » Jésus leur répond : « Pour les hommes, c’est impossible, mais pour Dieu tout est possible. » Voilà l’espérance de cet Évangile. Car si nous regardons seulement nos forces, nous pouvons désespérer. Nous savons combien il est difficile de nous détacher, de changer, de pardonner, de renoncer à notre orgueil, de remettre réellement notre vie entre les mains de Dieu. Mais Jésus nous dit : « Pour Dieu, tout est possible. »

Le jeune homme est reparti triste parce qu’il n’a pas réussi à lâcher ce qui l’empêchait de suivre Jésus. Mais l’Évangile nous invite à ne pas faire la même chose. Lorsque le Seigneur nous montre ce qui doit changer en nous, ne partons pas. Restons devant lui. Demandons-lui la grâce de faire ce que nous ne pouvons pas faire seuls. Car celui qui nous demande de tout lui donner est aussi celui qui nous regarde avec amour.

Alors aujourd’hui, ne demandons peut-être pas seulement : « Seigneur, qu’est-ce que je dois encore faire ? » Demandons plutôt : « Seigneur, qu’est-ce qui m’empêche encore de te suivre pleinement ? Qu’est-ce qui possède mon cœur ? Qu’est-ce que je refuse encore de remettre entre tes mains ? »

Et lorsque le Seigneur nous montrera cette chose, quelle qu’elle soit, souvenons-nous qu’il ne nous la montre pas pour nous éloigner de lui, mais pour nous attirer plus près de lui. Il nous regarde, il nous aime, et il nous dit comme au jeune homme : « Viens, suis-moi. »

Que nous ayons alors la grâce de ne pas repartir tristes, mais de répondre avec confiance : « Seigneur, je ne sais pas si j’en suis capable, mais je te donne ce que j’ai. Fais en moi ce que je ne peux pas faire moi-même. » Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev