Dimanche du Pardon

(Matthieu 6, 14–21)

 

Bien-aimés dans le Christ,

Aujourd’hui, le Seigneur nous parle non seulement avec des paroles, mais avec le feu de Son amour et la vérité de Son Royaume. Il nous révèle le chemin intérieur qui conduit à la vie éternelle : le pardon, l’humilité du cœur, et l’attachement à Dieu seul.

Il commence par ces paroles solennelles et pleines de miséricorde :« Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi ; mais si vous ne pardonnez pas hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus. »

Le Christ ne nous propose pas ici un idéal inaccessible, mais une nécessité vitale. Le pardon n’est pas une option pour le chrétien ; il est le souffle même de la vie spirituelle. Car comment pourrions-nous demander à Dieu une miséricorde sans limite, si nous refusons de l’accorder à nos frères, faibles et blessés comme nous ?

Pardonner ne signifie pas oublier le mal ni nier la souffrance. Pardonner signifie remettre notre blessure entre les mains de Dieu, renoncer à nous faire justice nous-mêmes, et croire que l’amour est plus fort que l’injustice. Sur la Croix, le Christ ne s’est pas contenté de supporter la souffrance : Il a prié pour ceux qui Le crucifiaient. Il a ouvert le ciel à ceux-là mêmes qui Lui fermaient le cœur. C’est ce pardon-là qu’Il nous demande — non par nos propres forces, mais par Sa grâce.

Saint Isaac le Syrien nous enseigne que celui qui ne pardonne pas n’a pas encore goûté la miséricorde de Dieu. Car la miséricorde n’est pas une idée, mais une vie. Et cette vie ne peut demeurer dans un cœur fermé, endurci par la rancune ou le ressentiment. Tant que nous gardons en nous une blessure non remise à Dieu, notre prière reste entravée, notre jeûne stérile, et notre communion incomplète.

Puis le Seigneur parle du jeûne : « Quand vous jeûnez, ne prenez pas un air triste comme les hypocrites… mais parfume ta tête et lave ton visage, afin que ton jeûne ne soit pas vu des hommes, mais de ton Père qui est dans le secret. »

Le Christ ne condamne pas le jeûne — Il l’ordonne. Mais Il condamne un jeûne sans cœur, un jeûne sans humilité, un jeûne qui nourrit l’orgueil au lieu de nourrir l’âme. Le véritable jeûne ne consiste pas seulement à s’abstenir de certains aliments, mais à purifier notre cœur, à calmer nos passions, à rendre notre âme plus disponible à Dieu.

Saint Jean Chrysostome nous avertit : « Quel est l’usage de ne pas manger de viande, si nous dévorons notre frère par la colère et le jugement ? » Le jeûne que Dieu attend de nous est celui de la langue, du regard, du cœur. Jeûner de la colère. Jeûner de la critique. Jeûner de l’orgueil. Alors seulement notre abstinence devient prière, et notre prière devient lumière.

Le Seigneur poursuit : « Ne vous amassez pas des trésors sur la terre, où la rouille et les mites détruisent, et où les voleurs percent et dérobent ; mais amassez-vous des trésors dans le ciel… car là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur. »

Ces paroles ne condamnent pas le travail, ni la responsabilité, ni même la possession. Elles condamnent l’attachement. Ce n’est pas ce que nous possédons qui nous éloigne de Dieu, mais ce qui nous possède. Si notre cœur est lié aux choses passagères, il deviendra aussi fragile qu’elles. Mais si notre cœur est attaché à Dieu, il participera à Son éternité.

Chaque prière faite en secret, chaque pardon accordé dans le silence, chaque larme versée devant Dieu, chaque renoncement humble devient un trésor dans le ciel. Ce trésor, personne ne peut nous le voler, ni le temps, ni la maladie, ni la mort. Et plus nous donnons, plus nous recevons, car l’amour de Dieu n’appauvrit jamais celui qui le partage.

Enfin, le Christ conclut par ces paroles profondes :« Si ton œil est sain, tout ton corps sera dans la lumière ; mais si ton œil est mauvais, tout ton corps sera dans les ténèbres. »

L’« œil » dont parle le Seigneur n’est pas seulement l’œil du corps, mais l’œil du cœur, l’intention intérieure, la direction profonde de notre vie. Si notre regard intérieur est pur, si notre désir est tourné vers Dieu, alors toute notre existence devient lumière. Mais si notre regard est divisé, si notre cœur est partagé entre Dieu et le monde, alors notre âme s’obscurcit, et même ce qui semble lumineux devient ténèbres.

L’Église orthodoxe ne cherche pas seulement des actions justes, mais un cœur unifié, simple, humble, offert entièrement à Dieu. Le salut n’est pas une performance morale, mais une transformation du cœur. Ce n’est pas seulement faire le bien, mais devenir bon par la grâce de Dieu.

Frères et sœurs, le Christ nous appelle aujourd’hui à une conversion profonde : à pardonner sans limite, à jeûner avec joie, à prier dans le secret, à aimer Dieu plus que tout ce qui passe. Il nous appelle à devenir lumière dans un monde obscur, miséricorde dans un monde blessé, paix dans un monde divisé.

Que le Seigneur nous accorde un cœur qui pardonne, une âme qui jeûne dans l’humilité, un regard pur qui voit Dieu en toute chose, et un trésor qui demeure pour l’éternité.

À Lui la gloire, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

La Présentation du Seigneur

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ,

Aujourd’hui, l’Église célèbre avec joie et solennité la grande fête de la Présentation du Seigneur, appelée aussi la Rencontre : rencontre de Dieu avec l’homme, rencontre de l’Ancien et du Nouveau Testament, rencontre de l’attente avec son accomplissement.

Quarante jours après Sa naissance, selon la Loi de Moïse, la Très Sainte Vierge Marie et le juste Joseph amènent l’Enfant Jésus au Temple de Jérusalem pour Le consacrer au Seigneur. Ce geste d’humilité est profondément mystérieux : Celui qui est le Créateur de la Loi se soumet à la Loi ; Celui qui n’a pas besoin d’être purifié accepte les rites humains ; Celui qui est Dieu se présente comme un simple enfant pauvre, offert avec l’offrande des humbles.

C’est alors que le juste Siméon, homme de prière et d’espérance, guidé par l’Esprit Saint, vient à leur rencontre. Toute sa vie, il avait attendu l’accomplissement de la promesse divine : voir le Sauveur avant de mourir. Et quand enfin il prend l’Enfant dans ses bras, son cœur déborde de paix, et il proclame :

« Maintenant, Seigneur, tu laisses ton serviteur s’en aller en paix selon ta parole, car mes yeux ont vu ton salut. »

Ces paroles sont bien plus qu’un simple adieu à la vie terrestre : elles sont un témoignage de foi accomplie, d’espérance comblée et d’amour pleinement réalisé. Siméon n’a plus peur de la mort, car il a rencontré la Vie elle-même. Il n’est plus dans l’attente, car il tient dans ses bras Celui que toutes les générations attendaient.

Mais Siméon ne se contente pas de se réjouir : il prophétise aussi. Il annonce que cet Enfant sera « un signe de contradiction », que beaucoup se lèveront ou tomberont à cause de Lui, et que même le cœur de la Mère sera transpercé par une épée de douleur. Ainsi, dès le début, l’ombre de la Croix accompagne la lumière de la Nativité. Le salut passe par la souffrance, et la gloire par l’humiliation.

À côté de Siméon se tient aussi la prophétesse Anne, âgée, veuve, entièrement consacrée à Dieu par la prière et le jeûne. Elle reconnaît elle aussi le Sauveur et parle de Lui à tous ceux qui attendaient la délivrance d’Israël. Par sa fidélité silencieuse et sa joie communicative, elle nous enseigne que l’espérance persévérante ouvre les yeux du cœur.

Frères et sœurs, cette fête n’est pas seulement le récit d’un événement passé. Elle est une invitation personnelle pour chacun de nous. Comme Siméon, nous sommes appelés à attendre le Seigneur, non pas dans l’impatience ou le découragement, mais dans la confiance, la prière et la fidélité. Comme Anne, nous sommes appelés à Le servir jour après jour, même dans la solitude, même dans l’épreuve, sans jamais perdre l’espérance.

La Présentation du Seigneur est aussi une lumière pour notre propre vie spirituelle. Elle nous rappelle que Dieu vient souvent à nous de manière humble et discrète : non dans le bruit, non dans la puissance, mais dans la simplicité, dans la douceur, dans le silence. Il entre dans le Temple comme un petit Enfant, et Il veut entrer dans notre cœur de la même manière — si nous Lui ouvrons la porte.

Mais pour que cette rencontre ait lieu, notre cœur doit devenir un temple vivant. Nous devons le purifier de l’orgueil, de l’égoïsme, de la colère, de l’indifférence, afin qu’il puisse accueillir la lumière du Christ. Sans cette purification intérieure, nous risquons de voir le Seigneur passer près de nous sans Le reconnaître, comme tant de gens à son époque.

A ce jour, l’Église byzantine avait une tradition, (plutôt perdue à nos jours) de bénir les cierges, symboles de la lumière du Christ. Cette lumière n’est pas seulement une flamme extérieure : elle doit brûler en nous, éclairer nos pensées, nos paroles et nos actions. Nous sommes appelés à devenir, à notre tour, des porteurs de lumière dans un monde souvent plongé dans l’obscurité du péché, de la peur et du désespoir.

Bien-aimés, Demandons-nous en ce jour : ai-je vraiment rencontré le Christ ? L’ai-je accueilli avec foi, comme Siméon ? Est-ce que je Le reconnais dans la prière, dans les sacrements, dans mon prochain, surtout dans le plus pauvre, le plus faible, le plus souffrant ?

Que cette fête nous apprenne à vivre dans l’attente confiante, dans l’humilité sincère et dans l’amour actif. Que le Christ, lumière véritable, illumine nos cœurs, nos familles et notre monde. Et qu’avec Siméon, nous puissions dire un jour, avec paix et espérance : « Mes yeux ont vu ton salut. » Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

Les dix lépreux

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ,

L’Évangile du jour selon saint Luc (17, 12-19), nous présente une scène simple, mais profondément interpellante pour notre vie spirituelle. Le Christ entre dans un village, et dix lépreux viennent à sa rencontre. Ils se tiennent à distance, comme la Loi l’exigeait, car la lèpre n’était pas seulement une maladie du corps, mais aussi une exclusion sociale et religieuse. Ces hommes vivaient coupés des autres, privés de relations, de culte et d’espérance humaine.

De loin, ils élèvent la voix et crient : « Jésus, Maître, prends pitié de nous ! » Cette prière est brève, mais elle contient tout. Ils reconnaissent en Jésus un Maître, quelqu’un qui a autorité, et ils Lui demandent la miséricorde. Ils ne réclament pas un droit, ils implorent une grâce. Cette supplication ressemble profondément à la prière de l’Église, et à la prière du cœur que tant de chrétiens répètent jour après jour : « Seigneur, aie pitié de moi, pécheur. »

Le Christ leur répond d’une manière qui peut nous surprendre. Il ne les touche pas, Il ne proclame pas leur guérison sur-le-champ. Il leur dit simplement : « Allez-vous montrer aux prêtres. » Autrement dit, Il leur demande un acte d’obéissance et de foi. Ils partent alors qu’ils sont encore lépreux, sans preuve visible que leur situation a changé. Et l’Évangile nous dit cette phrase capitale : « Or, pendant qu’ils y allaient, ils furent purifiés. » La guérison se produit en chemin.

Saint Jean Chrysostome souligne ici que Dieu agit souvent ainsi dans nos vies. Il nous demande d’avancer dans la confiance avant même que le miracle ne soit visible. Combien de fois le Seigneur nous invite-t-Il à persévérer dans la prière, à pardonner, à changer de vie, alors que nous ne voyons pas encore de fruits immédiats ? Pourtant, c’est dans cette obéissance humble que la grâce commence à agir.

Les dix hommes sont donc purifiés. Leur chair est restaurée, leur exclusion prend fin, une vie nouvelle s’ouvre devant eux. Mais l’Évangile nous révèle alors un détail décisif : un seul d’entre eux, voyant qu’il est guéri, revient sur ses pas. Il glorifie Dieu à haute voix et se prosterne aux pieds de Jésus pour Lui rendre grâce. Et saint Luc précise : « C’était un Samaritain. » Un étranger, un homme considéré comme en dehors du vrai culte.

Saint Augustin commente ce passage en disant que les neuf autres ont reçu le bienfait, mais qu’ils se sont arrêtés au don, sans revenir à Celui qui donne. Le Samaritain, lui, a compris que la guérison du corps n’était pas la fin, mais un signe qui devait le conduire à une rencontre plus profonde avec Dieu. La gratitude devient ici le chemin qui mène à la communion.

Alors Jésus pose une question qui traverse les siècles et qui nous est adressée aujourd’hui : « Les dix n’ont-ils pas été purifiés ? Où sont les neuf autres ? » Ce n’est pas une parole de reproche amer, mais une interrogation pleine d’amour. Dieu ne manque pas de donner, mais Il attend que notre cœur se tourne librement vers Lui.

Cette question nous concerne directement. Combien de fois crions-nous vers Dieu dans la détresse, dans la maladie, dans les difficultés familiales ou matérielles ? Et lorsque la situation s’améliore, lorsque l’épreuve passe, combien de fois oublions-nous de revenir vers Lui pour dire simplement : « Merci » ? Saint Basile le Grand affirme que l’ingratitude endurcit le cœur, car elle nous fait croire que ce que nous possédons est le fruit exclusif de nos efforts, et non un don de la Providence.

Le Samaritain, en revanche, nous montre le chemin du croyant véritable. Il reconnaît que tout vient de Dieu. Il remercie non seulement pour la guérison, mais pour la présence même du Christ dans sa vie. Sa reconnaissance n’est pas seulement verbale : il revient, il se prosterne, il se tient aux pieds de Jésus. Il entre dans une relation personnelle avec Lui.

C’est alors que le Seigneur lui dit une parole encore plus profonde : « Relève-toi, va : ta foi t’a sauvé. » Les dix ont été guéris extérieurement, mais un seul reçoit le salut intérieur. Saint Théophylacte explique que la gratitude ouvre le cœur à une grâce plus grande que le miracle initial. Celui qui remercie Dieu reçoit non seulement ce qu’il demandait, mais il reçoit Dieu Lui-même.

Cette page d’Évangile nous apprend aussi à remercier Dieu en toutes circonstances, et pas seulement lorsque les miracles sont visibles. Nous sommes appelés à rendre grâce pour la vie, pour le souffle que Dieu nous donne chaque matin, pour notre pain quotidien, pour nos proches, mais aussi pour les épreuves qui nous purifient et nous apprennent l’humilité. Saint Isaac le Syrien enseigne que le cœur reconnaissant transforme même la souffrance, car il y découvre un lieu de rencontre avec Dieu.

Frères et sœurs, demandons aujourd’hui la grâce d’être de ceux qui reviennePPnt. Revenons vers Dieu après chaque bénédiction, petite ou grande. Revenons vers Lui dans la prière, dans l’action de grâce, dans l’Eucharistie qui est, par excellence, le sacrement du « merci ».

Que notre vie entière devienne une louange, une reconnaissance continuelle envers Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit. Et que nous puissions entendre, nous aussi, au plus profond de notre cœur, cette parole du Christ : « Ta foi t’a sauvé. » Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

La parabole du grand dîner

 

(Luc 14, 16-24)

 

Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit. Amen.

Frères et sœurs bien-aimés,

L’Évangile que le Seigneur nous donne aujourd’hui est à la fois lumineux et redoutable. Lumineux, parce qu’il nous révèle la générosité infinie de Dieu. Redoutable, parce qu’il nous montre jusqu’où peut aller le refus silencieux du cœur humain.

Le Christ nous parle d’un homme qui prépare un grand dîner et qui invite beaucoup de gens. Tout est prêt. Rien ne manque. Le repas est préparé, la table est dressée, l’heure est venue. Cette image nous révèle le mystère du Royaume de Dieu, mais aussi la réalité de notre vie spirituelle aujourd’hui. Dieu n’est pas un Dieu lointain, qui hésite ou qui retarde. Il est Celui qui appelle, qui invite, qui attend.

Mais ce qui frappe dans cette parabole, ce n’est pas tant la générosité de l’invitation que la réponse des invités. Tous, sans exception, commencent à s’excuser. Et leurs excuses sont raisonnables, humaines, presque respectables. Un champ à visiter, des bœufs à essayer, un mariage à honorer. Rien de scandaleux. Rien de clairement pécheur.

Et pourtant, c’est précisément là que se cache le drame. Le refus de Dieu ne se fait pas toujours par la révolte ou par l’athéisme déclaré. Très souvent, il se fait par l’occupation, par la distraction, par le report constant de ce qui est essentiel. Dieu est reconnu, mais Il n’est plus prioritaire.

La parabole nous met face à une vérité difficile à accepter : on peut vivre une vie extérieurement correcte, remplie de responsabilités légitimes, et pourtant passer à côté du Royaume. Non pas parce que Dieu nous rejette, mais parce que nous avons toujours quelque chose de plus urgent que Lui.

Le Seigneur ne condamne ni le travail, ni la famille, ni les biens matériels. Ce qu’Il révèle, c’est le danger de laisser ces réalités prendre la place de Dieu dans notre cœur. Lorsque ce qui est bon devient absolu, alors il nous ferme à ce qui est éternel.

Lorsque le maître de la maison apprend le refus de ses invités, il ne change pas de projet. Le dîner n’est pas annulé. La table reste dressée. Mais les invités changent. Ce sont désormais les pauvres, les estropiés, les aveugles, les boiteux qui sont appelés. Ceux qui n’ont rien à présenter. Ceux qui savent qu’ils ont besoin d’être invités. Ceux qui n’ont pas d’excuses à offrir.

Cela nous révèle une loi spirituelle profonde : le Royaume s’ouvre plus facilement à ceux qui reconnaissent leur pauvreté intérieure. Non pas parce qu’ils sont meilleurs, mais parce qu’ils attendent tout de Dieu. Le cœur rassasié de lui-même n’a plus de place pour recevoir.

Mais même après cela, le maître veut encore remplir sa maison. Il envoie son serviteur au-dehors, sur les chemins, aux marges, pour appeler ceux qui n’auraient jamais imaginé être invités. Dieu ne se résigne pas à une maison à moitié vide. Il veut que tous entrent, que tous vivent, que tous soient sauvés.

Frères et sœurs, cette parabole n’est pas seulement une leçon morale. Elle est une parole adressée à l’Église aujourd’hui. Chaque Divine Liturgie est ce grand dîner. Chaque appel à la prière, à la repentance, à la communion est une invitation personnelle du Seigneur. Et chaque fois, une question nous est posée, non avec des mots, mais dans le silence du cœur : vais-je répondre, ou vais-je m’excuser ?

Il ne s’agit pas de tout quitter extérieurement, mais de remettre Dieu à la première place intérieurement. Il ne s’agit pas de mépriser ce monde, mais de refuser qu’il nous rende sourds à l’appel de l’éternité.

La parole finale de la parabole est sévère : ceux qui ont été invités et qui ont refusé ne goûteront pas au dîner. Ce n’est pas une menace, c’est un constat. Dieu ne force pas l’homme à entrer dans la joie. Il respecte notre liberté, même lorsqu’elle nous conduit à rester dehors.

Aujourd’hui encore, le Seigneur nous appelle. Le banquet est prêt. La porte est ouverte. Rien ne manque, sinon notre réponse.

Demandons au Seigneur un cœur disponible, un cœur éveillé, un cœur humble. Demandons-Lui de nous libérer de ces excuses intérieures qui nous semblent raisonnables, mais qui nous éloignent de Lui. Et que nous puissions, non pas seulement entendre l’invitation, mais nous lever et entrer, pour goûter dès maintenant à la joie du Royaume. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

Pour la fête de la Nativité de notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ

 

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ,

« Le Christ est né, glorifiez-Le ! Le Christ descend des cieux, allez à Sa rencontre ! Le Christ est sur la terre, élevez-vous ! »
En ce jour saint et lumineux, l’Église entière exulte de joie, une joie qui ne vient pas du monde mais du ciel, une joie qui traverse les siècles et rejoint aujourd’hui chacun de nos cœurs. Car la Nativité du Christ n’est pas seulement le souvenir d’un événement ancien : elle est le mystère vivant de Dieu qui vient à notre rencontre, ici et maintenant.

Aujourd’hui, l’Éternel entre dans le temps.
Aujourd’hui, l’Invisible se rend visible.
Aujourd’hui, le Créateur de l’univers accepte de naître comme un petit enfant, pauvre, fragile, silencieux, pour sauver l’homme et le relever de sa chute.

Le premier mystère qui s’offre à nous est celui de l’abaissement de Dieu. Celui qui tient toute la création dans Sa main accepte de reposer dans une mangeoire. Celui devant qui les anges se prosternent est enveloppé de langes par une jeune Mère. Le Roi des rois ne trouve pas de place dans l’hôtellerie et naît dans une grotte, au milieu des animaux. Dieu ne choisit ni la puissance, ni la richesse, ni la gloire humaine, mais l’humilité et la pauvreté.

Saint Grégoire le Théologien contemple ce mystère avec émerveillement et s’écrie :
« Il s’appauvrit pour que moi je sois enrichi ; Il prend ma chair pour que je reçoive l’Esprit ; Il s’abaisse pour que je sois élevé. »
Ainsi, par Son humilité, le Christ guérit l’orgueil de l’homme. Par Sa pauvreté, Il guérit notre avidité. Par Son amour silencieux, Il guérit notre dureté de cœur.

La grotte de Bethléem n’est pas seulement un lieu du passé. Elle est aussi l’image de notre cœur. Souvent, notre cœur est obscur, encombré par les soucis, refroidi par le péché, fermé par l’indifférence. Et pourtant, c’est précisément là que le Christ veut naître. Il ne cherche pas un cœur parfait, mais un cœur humble. Il ne cherche pas une demeure luxueuse, mais un lieu où Il est accueilli avec foi et repentance.

Saint Jean Chrysostome nous enseigne : « Ce n’est pas la pureté parfaite qui attire Dieu, mais le repentir sincère et l’humilité du cœur. »
Ne disons donc pas : « Je ne suis pas digne », car personne ne l’est par lui-même. Ne disons pas : « Je ne suis pas prêt », car le Christ est venu justement pour ceux qui ne sont pas prêts. Ouvrons-Lui seulement la porte de notre cœur, même pauvre, même blessé, et Il y apportera Sa lumière.

La Nativité nous révèle aussi une grande inversion des valeurs humaines. Les premiers à entendre la bonne nouvelle sont les bergers, des hommes simples, pauvres, méprisés aux yeux du monde. Ils veillaient dans la nuit, attentifs, éveillés, et c’est à eux que les anges annoncent la grande joie : « Aujourd’hui vous est né un Sauveur. » Les sages de ce monde, eux, restent aveugles ou indifférents.

Les Mages viennent de loin, guidés par une étoile. Ils cherchent avec persévérance, ils interrogent, ils marchent longtemps. Leur science ne les éloigne pas de Dieu, car elle est unie à l’humilité. Mais Hérode, prisonnier de son orgueil et de sa peur de perdre le pouvoir, entend la nouvelle avec trouble et colère. Ainsi, face à la Nativité, chaque homme doit choisir : accueillir le Christ avec simplicité, Le chercher avec humilité, ou Le refuser par orgueil.

Au cœur de cette fête se trouve une vérité qui dépasse toute intelligence humaine : le Verbe de Dieu s’est fait chair. Dieu ne s’est pas contenté de visiter l’homme de l’extérieur ; Il a assumé pleinement notre nature, notre corps, notre âme, notre faiblesse, notre souffrance, jusqu’à la mort — sauf le péché. Il est devenu véritablement homme pour nous sauver de l’intérieur.

Les anges chantent : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre. » Mais cette paix n’est pas celle que le monde promet et ne peut donner. Ce n’est pas une simple absence de conflits, mais la paix du cœur réconcilié avec Dieu. Là où le Christ est accueilli, la paix demeure, même au milieu des épreuves, même dans la souffrance.

N’oublions pas que la crèche annonce déjà la Croix. L’Enfant emmailloté préfigure le Corps enveloppé dans le linceul. Le bois de la mangeoire annonce le bois de la Croix. Le Christ naît pour offrir Sa vie, et Il offre Sa vie pour vaincre la mort par Sa Résurrection. C’est pourquoi notre joie aujourd’hui est profonde, grave et lumineuse à la fois.

Frères et sœurs bien-aimés, en ces jours de la sainte fête de la Nativité, ouvrons nos cœurs au Christ. Offrons-Lui non pas de l’or, de l’encens et de la myrrhe, mais notre foi, notre repentance, notre amour. Qu’Il naisse dans nos familles, qu’Il naisse dans notre Église, qu’Il naisse dans chacun de nos cœurs.

Et proclamons avec l’Église, aujourd’hui et toujours :
Le Christ est né, glorifiez-Le !
Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev