La Nativité de la Très-Sainte Mère de Dieu

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

Bien-aimés frères et sœurs,

Aujourd’hui, l’Église nous invite à nous réjouir d’une naissance qui, en apparence, est humble et cachée : celle de la Très-Sainte Vierge Marie, la Mère de Dieu.

Le monde ne remarque pas cette naissance. Il n’y a ni palais, ni puissance, ni gloire humaine. Pourtant, cette petite fille qui vient au monde est appelée à devenir celle par qui le Fils de Dieu prendra chair et entrera dans notre histoire.

La Nativité de la Mère de Dieu nous révèle ainsi quelque chose d’essentiel : Dieu commence souvent son œuvre dans ce qui est petit, humble et caché aux yeux du monde.

Marie naît de Joachim et d’Anne, deux personnes âgées qui avaient longtemps porté l’épreuve de la stérilité. Leur attente pouvait sembler vaine. Mais Dieu transforme leur douleur en joie et leur espérance en bénédiction.

C’est pourquoi cette fête est aussi une fête de l’espérance.

Combien de fois, dans notre propre vie, nous avons l’impression que Dieu tarde à répondre ? Combien de fois nous prions sans voir immédiatement de changement ? L’histoire de Joachim et d’Anne nous rappelle que le silence de Dieu n’est pas l’absence de Dieu.

Au moment voulu, Dieu fait naître Marie. Et à travers Marie, Il prépare le salut du monde.

Saint Jean Damascène s’écrie à propos de cette naissance :

« Aujourd’hui, de la racine de Jessé est sortie une tige, et de cette tige une fleur divine. »

Quelle belle image ! Marie est comme la fleur qui sort de la racine ancienne de l’humanité. Elle est le fruit de toute l’attente du peuple de Dieu, de toutes les promesses faites par Dieu, de toute cette longue histoire qui conduit jusqu’au Christ.

Mais attention : l’Église ne célèbre pas Marie séparément du Christ. Nous honorons Marie précisément parce qu’elle nous conduit vers son Fils.

Elle est celle qui dira : « Voici la servante du Seigneur ; qu’il me soit fait selon ta parole. »

La Nativité de la Mère de Dieu nous enseigne donc aussi l’humilité et la disponibilité à la volonté divine.

Marie ne cherche pas sa propre gloire. Elle reçoit de Dieu une vocation immense et elle y répond par l’obéissance.

Frères et sœurs, nous aussi, nous sommes appelés à laisser Dieu faire grandir quelque chose en nous. Peut-être notre foi nous paraît-elle petite. Peut-être notre prière est-elle faible. Peut-être portons-nous une souffrance, une attente ou une blessure depuis longtemps.

Ne désespérons pas.

La naissance de Marie nous dit : Dieu peut faire naître la lumière là où nous ne voyons encore que l’obscurité.

Aujourd’hui, avec Joachim et Anne, réjouissons-nous. Avec toute l’Église, rendons grâce à Dieu pour celle qui deviendra le Temple vivant du Verbe, la Mère de notre Seigneur Jésus-Christ.

Demandons à la Très-Sainte Mère de Dieu de nous apprendre son humilité, sa confiance et son obéissance, afin que le Christ puisse également trouver en nos cœurs une demeure.

Que sa prière nous accompagne, et que notre vie entière puisse devenir un « oui » à la volonté de Dieu.

Très-Sainte Mère de Dieu, sauve-nous !

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

Veillez, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, chers amis,

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, le Seigneur nous donne une parole très simple : « Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. »

Le Christ ne nous donne pas la date de sa venue. Il nous dit au contraire qu’elle sera inattendue, comme le déluge aux jours de Noé, comme un voleur dans la nuit. Et cette ignorance n’est pas quelque chose que nous devons chercher à supprimer en essayant de calculer la fin des temps (le faire, c’est très protestant). Elle est un appel à vivre autrement : puisque nous ne savons pas quand le Seigneur viendra, nous sommes appelés à être prêts chaque jour.

Veiller, pour le chrétien, ce n’est donc pas vivre dans la peur. C’est vivre avec la conscience que notre vie se déroule devant Dieu. Nous remettons souvent notre conversion à demain : demain je prierai davantage, demain je pardonnerai, demain je changerai, demain je prendrai davantage de temps pour Dieu. Mais le Christ nous rappelle que nous ne possédons pas demain. Nous avons reçu aujourd’hui.

Saint Jean Climaque dit : « La mémoire de la mort est une vigilance sans sommeil. » Cette parole n’est pas une invitation à vivre dans l’angoisse. Elle nous rappelle simplement que notre vie est limitée et que chaque journée a donc un poids éternel. Si je sais que ma vie est un jour appelée à s’achever, alors je ne veux pas remettre à demain ce que je peux faire aujourd’hui : aimer, pardonner, prier, demander pardon, faire le bien.

C’est justement pourquoi le Seigneur évoque les contemporains de Noé. Ils mangeaient, ils buvaient, ils se mariaient, ils vivaient leur vie quotidienne. Rien de tout cela n’était mauvais en soi. Mais ils vivaient comme si Dieu n’avait aucune place dans leur existence. Ils étaient tellement absorbés par leur quotidien qu’ils ne voyaient plus venir ce qui pourtant était devant eux.

Et nous pouvons tomber dans le même piège. Nous pouvons être tellement occupés par le travail, la famille, les projets, les soucis et toutes les choses de cette vie que nous finissons par vivre comme si cette vie terrestre était tout ce qui existe. Le danger n’est pas seulement de faire le mal ; c’est parfois de ne plus avoir de place pour Dieu dans ce qui est pourtant une vie normale.

Voilà pourquoi la vigilance commence dans le cœur. Saint Isaac le Syrien nous dit : « Veille sur ton cœur, car c’est là que se trouve la vie. » Veiller, c’est donc regarder ce que nous laissons entrer dans notre cœur et ce que nous choisissons d’y garder. Une colère apparaît : vais-je la nourrir ? Une rancune demeure : vais-je la conserver ? Une occasion de faire le bien se présente : vais-je l’accomplir ou la remettre à demain ?

C’est dans ces choses simples que nous attendons réellement le Seigneur.

Ainsi, la question de l’Évangile n’est finalement pas : « Quand le Christ viendra-t-il ? » Nous ne le savons pas. La véritable question est : « Dans quel état trouvera-t-il mon cœur lorsqu’il viendra ? »

Et cette question ne doit pas nous faire peur. Celui qui nous demande de veiller est précisément Celui qui nous aime et qui veut nous sauver. Nous n’attendons pas un inconnu ; nous attendons le Seigneur.

Alors, frères et sœurs, ne cherchons pas à connaître ce que Dieu a choisi de nous cacher. Faisons plutôt ce qu’il nous demande clairement : veillons. Prions aujourd’hui. Aimons aujourd’hui. Pardonnons aujourd’hui. Revenons à Dieu aujourd’hui. Car demain n’est pas entre nos mains.

Et lorsque le Seigneur viendra, puissions-nous être trouvés non pas comme des hommes qui ont tout compris, mais comme des serviteurs qui sont restés éveillés, le cœur tourné vers leur Maître.

« Veillez donc, puisque vous ne savez pas quel jour votre Seigneur viendra. »

Que le Seigneur nous accorde cette vigilance du cœur, afin que chaque jour de notre vie devienne une préparation à la rencontre avec Lui.

À Lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko

La  peur 

 

Bien-aimés frères et sœurs en Christ, chers amis,

Dans la parabole que nous venons d’entendre, trois serviteurs reçoivent des talents de leur maître. Deux d’entre eux les font fructifier. Mais le troisième prend le talent Bienqu’il a reçu, creuse un trou dans la terre et l’y cache. Et lorsque son maître revient, il lui dit simplement : « Seigneur, je savais que tu es un homme dur… j’ai eu peur, et je suis allé cacher ton talent dans la terre. »

Il y a quelque chose de profondément humain dans cette parole : « J’ai eu peur. » Le serviteur n’a pas perdu son talent. Il ne l’a pas dépensé dans une mauvaise vie. Il ne l’a pas donné à quelqu’un d’autre. Il l’a simplement enterré. Et pourquoi ? Parce qu’il avait peur.

Voilà peut-être l’une des grandes tentations de notre vie spirituelle : nous ne refusons pas toujours Dieu ouvertement. Parfois, nous avons simplement peur de nous donner à lui. Nous avons peur de changer, peur de pardonner, peur de nous engager, peur de faire confiance, peur de sortir de nos habitudes. Alors nous enterrons ce que Dieu nous a confié.

Nous disons : « Je ne suis pas capable. » « Je ne suis pas assez bon. » « Ce n’est pas pour moi. » « Un autre fera mieux que moi. » Et finalement, nous gardons notre talent dans la terre. Nous préférons ne rien risquer plutôt que de risquer quelque chose pour Dieu.

Mais remarquez bien : le maître n’avait pas demandé au serviteur de devenir quelqu’un d’autre. Il lui avait simplement confié quelque chose. Il ne lui avait pas demandé de produire autant que celui qui avait reçu cinq talents. Il lui demandait d’être fidèle avec ce qu’il avait reçu.

C’est important pour nous aussi. Dieu ne nous demande pas de posséder les dons d’un autre. Il ne nous demande pas d’avoir la foi d’un autre, la force d’un autre, la vocation d’un autre. Il nous demande de lui offrir ce que nous avons reçu.

Saint Jean Chrysostome nous rappelle cette responsabilité lorsqu’il dit : « Rien n’est plus froid qu’un chrétien qui ne se soucie pas du salut des autres. » La foi reçue de Dieu n’est pas faite pour être enfermée en nous. Elle devient vivante lorsqu’elle se transforme en amour, en service, en pardon, en présence auprès de celui qui souffre.

Et parfois, ce que nous avons à offrir nous paraît très petit. Une parole de consolation, une visite, une prière, un pardon, un peu de temps donné à quelqu’un. Nous pouvons penser : « Cela ne changera rien. » Mais le Seigneur ne nous demande pas de mesurer la grandeur de notre don. Il nous demande de ne pas l’enterrer.

Car derrière la peur du serviteur se trouve aussi une fausse image de son maître. Il dit : « Je savais que tu es un homme dur. » Il voit son maître comme quelqu’un dont il faut avoir peur, et cette peur l’empêche d’agir.

Nous pouvons parfois faire la même chose avec Dieu. Nous savons qu’il est juste, mais nous oublions qu’il est aussi miséricordieux. Nous regardons nos péchés, nos faiblesses, nos échecs, et nous pensons : « Je ne suis pas digne de revenir vers lui. » Alors nous nous cachons au lieu de nous approcher.

Saint Isaac le Syrien dit : « Ne dis pas : Dieu est juste. Car si Dieu était juste, tu serais perdu. » Il ajoute que Dieu est infiniment miséricordieux. Cette parole ne signifie pas que le péché n’a pas d’importance ; elle signifie que nous ne devons jamais laisser notre peur nous empêcher de revenir vers la miséricorde de Dieu.

Voilà donc ce que le Christ nous demande aujourd’hui : ne pas enterrer par peur ce que nous avons reçu. Peut-être avons-nous peu. Peut-être sommes-nous faibles. Peut-être avons-nous échoué plusieurs fois. Mais ce que nous avons, remettons-le entre les mains du Seigneur.

La vie chrétienne n’est pas l’absence de peur. C’est apprendre à ne plus laisser la peur gouverner notre vie.

Alors, frères et sœurs, lorsque nous entendons aujourd’hui cette parole : « J’ai eu peur », demandons-nous simplement : Qu’est-ce que j’ai enterré dans ma vie à cause de la peur ? Quel pardon ? Quel don ? Quelle prière ? Quel acte d’amour ? Quelle réponse à l’appel de Dieu ?

Déterrons-le ! Prenons ce que Dieu nous a confié, même si cela nous paraît petit, et remettons-le entre ses mains. Car ce qui est petit entre nos mains peut devenir fécond entre les mains de Dieu.

Et lorsque le Seigneur viendra, qu’il ne trouve pas en nous des hommes qui ont conservé leurs dons par peur, mais des serviteurs qui auront osé aimer, servir et faire confiance.

Que le Seigneur nous délivre donc de cette peur qui nous enferme, qu’il purifie notre image de lui et qu’il nous donne la confiance nécessaire pour faire fructifier les dons qu’il nous a confiés.

À lui soient la gloire, l’honneur et l’adoration, avec le Père et le Saint-Esprit, maintenant et toujours et dans les siècles des siècles. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

Fête de la Pentecôte

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Bien-aimés dans le Christ,

Aujourd’hui, l’Église entière célèbre la sainte Pentecôte, l’accomplissement de la promesse du Seigneur. Cinquante jours après la lumineuse Résurrection du Christ, dix jours après Son Ascension glorieuse, l’Esprit Saint descend sur les Apôtres réunis au Cénacle, comme un feu vivant, comme un souffle divin, comme la présence même de Dieu parmi les hommes.

Nous lisons dans l’actes des Apôtres :

« Soudain vint du ciel un bruit pareil à celui d’un violent coup de vent… Des langues qu’on eût dites de feu leur apparurent… et ils furent tous remplis de l’Esprit Saint. »

Ce n’est pas seulement un événement du passé. La Pentecôte n’est pas un souvenir lointain. Elle est la naissance continuelle de l’Église. Elle est la vie même du Corps du Christ. Sans l’Esprit Saint, l’Église ne serait qu’une institution humaine ; avec Lui, elle devient le Royaume de Dieu déjà présent parmi nous.

Avant la Pentecôte, les disciples étaient enfermés, craintifs, hésitants. Après la descente du Saint-Esprit, ils deviennent courageux, lumineux, capables d’annoncer le Christ jusqu’aux extrémités du monde. Voilà l’œuvre de l’Esprit : Il transforme la peur en foi, la faiblesse en force, les pêcheurs en apôtres, les hommes terrestres en citoyens du Ciel.

Frères et sœurs, nous aussi nous avons reçu l’Esprit Saint. Au saint baptême, nous avons été plongés dans la mort et la résurrection du Christ ; à la chrismation, nous avons reçu le sceau du don du Saint-Esprit. Mais souvent, ce feu divin en nous devient faible, étouffé par les soucis, les passions, la colère, l’orgueil, l’indifférence.

La Pentecôte nous appelle donc à raviver ce don.

Comment l’Esprit agit-Il dans une âme ?

Non pas dans le bruit du monde, non pas dans l’agitation, mais dans le silence du cœur purifié. L’Esprit Saint vient là où il y a repentance, humilité, pardon, prière. Il ne force jamais la porte ; Il attend que l’homme ouvre librement son cœur.

Quand l’Esprit habite dans l’homme, alors apparaissent les fruits spirituels : l’amour, la joie, la paix, la patience, la bonté, la miséricorde. Un chrétien rempli de l’Esprit devient une lumière pour les autres. Même sans beaucoup parler, il porte la présence de Dieu.

Regardons aussi le mystère des langues de feu. À Babel, les hommes furent divisés par l’orgueil ; à la Pentecôte, les peuples sont réunis dans l’Esprit Saint. L’Église orthodoxe n’unit pas les hommes par une idéologie humaine, mais par la communion dans le Christ. Dans un monde déchiré par les divisions, la haine et la confusion, la Pentecôte nous rappelle que seule la grâce de l’Esprit peut rétablir l’unité véritable.

Aujourd’hui encore, le monde a soif de l’Esprit Saint, même s’il ne le sait pas. Les hommes cherchent la paix, mais sans Dieu ; ils cherchent la liberté, mais loin de la vérité ; ils cherchent l’amour, mais sans sacrifice. Pourtant, seul l’Esprit de Dieu peut combler le cœur humain.

Demandons donc avec ferveur :

“Roi céleste, Consolateur, Esprit de vérité, Toi qui es partout présent et qui remplis tout, trésor des biens et donateur de vie, viens et demeure en nous.”

Que l’Esprit Saint descende sur nos familles, sur notre Église, sur ceux qui souffrent, sur ceux qui ont perdu l’espérance. Qu’Il renouvelle nos cœurs desséchés comme la pluie renouvelle la terre.

Et surtout, frères et sœurs, n’oublions jamais ceci : la sainteté n’est pas une œuvre humaine. Elle est la vie de l’Esprit Saint en nous. Le chrétien n’est pas appelé seulement à être “bon”, mais à devenir temple du Saint-Esprit.

Que cette sainte fête de la Pentecôte fasse de chacun de nous une petite flamme du feu divin, afin que le monde voie, à travers notre vie, la lumière du Christ ressuscité.

À Lui soient la gloire, avec Son Père éternel et le très-saint, bon et vivifiant Esprit, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles.

 

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

 

 

Dimanche de Tous les Saints

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Frères et sœurs bien-aimés dans le Seigneur,

L'Église nous rassemble aujourd'hui pour célébrer le Dimanche de Tous les Saints. Une semaine après la Pentecôte, après la descente de l'Esprit Saint sur les Apôtres, nous contemplons le fruit de l'œuvre du Saint-Esprit dans l'histoire : la multitude innombrable des saints.

Et c'est précisément pour cette raison que l'Évangile de ce jour nous fait entendre les paroles du Seigneur :

« Quiconque me confessera devant les hommes, je le confesserai moi aussi devant mon Père qui est aux cieux. »

Les saints que nous célébrons aujourd'hui sont ceux qui ont vécu cette parole jusqu'au bout. Ils sont de toutes les époques, de tous les peuples, de toutes les conditions sociales. Certains étaient évêques, prêtres ou moines ; d'autres étaient empereurs, soldats, artisans, épouses, parents ou enfants. Ce qui les unit n'est pas leur origine ni leur vocation particulière, mais leur fidélité au Christ.

Aujourd'hui, le Seigneur les confesse devant Son Père, parce qu'ils L'ont confessé devant le monde.

Saint Jean Chrysostome remarque que le Christ ne parle pas seulement d'une foi intérieure. Il demande aussi une confession visible lorsque les circonstances l'exigent. Les saints ont compris cela. Leur foi n'était pas seulement une conviction secrète ; elle était devenue leur manière de vivre.

Pensons aux martyrs qui ont préféré perdre leur vie plutôt que renier le Seigneur. Pensons aux confesseurs de la foi qui ont souffert l'exil, les prisons ou les humiliations. Pensons aux ascètes qui ont consacré toute leur existence à la prière et à la lutte contre les passions. Pensons aussi aux saints inconnus, dont les noms ne figurent dans aucun calendrier mais qui ont vécu l'Évangile dans le silence et l'humilité.

Tous ont entendu l'appel du Christ et ont répondu par leur vie.

C'est pourquoi l'Église célèbre Tous les Saints immédiatement après la Pentecôte. Les saints ne sont pas des héros isolés qui auraient atteint la perfection par leurs seules forces. Ils sont l'œuvre du Saint-Esprit. La sainteté n'est pas une réussite humaine ; elle est la vie même de Dieu communiquée à l'homme.

Saint Séraphim de Sarov enseignait que le but de la vie chrétienne est l'acquisition du Saint-Esprit. Les saints sont précisément ceux qui ont laissé l'Esprit Saint transformer leur cœur, purifier leur âme et illuminer toute leur existence.

L'Évangile continue pourtant avec des paroles difficiles :

« Ne pensez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre ; je ne suis pas venu apporter la paix, mais le glaive. »

Le Christ n'est pas venu apporter la violence. Lui qui est le Prince de la Paix apporte au monde la paix véritable. Mais cette paix passe par le combat spirituel. Le glaive dont parle le Seigneur est la puissance de la vérité divine qui sépare la lumière des ténèbres.

Saint Théophylacte d'Ohrid explique que ce glaive est la parole de Dieu qui oblige chacun à faire un choix. Devant le Christ, nul ne peut demeurer totalement neutre.

Les saints ont connu cette réalité. Beaucoup ont été incompris par leurs proches. Certains ont été rejetés par leur famille. D'autres ont été persécutés par leur propre peuple. Les martyrs des premiers siècles, mais aussi les nouveaux martyrs des temps modernes, ont souvent expérimenté dans leur chair les paroles du Seigneur : « Les ennemis de l'homme seront les gens de sa maison. »

Pourtant, ils n'ont jamais répondu à la haine par la haine. Ils ont vaincu le mal par l'amour.

Frères et sœurs, le Dimanche de Tous les Saints nous rappelle une vérité essentielle : la sainteté n'est pas réservée à quelques personnes extraordinaires. Elle est la vocation de chaque baptisé.

Lorsque nous regardons les icônes des saints, nous ne contemplons pas une élite inaccessible. Nous contemplons ce que la grâce de Dieu peut accomplir dans un être humain qui Lui ouvre son cœur.

Les saints étaient des hommes et des femmes comme nous. Ils ont connu les tentations, les peurs, les épreuves et parfois même les chutes. Mais ils ont persévéré dans la repentance, dans la prière et dans l'amour du Christ.

Aujourd'hui, l'Église nous invite donc non seulement à les honorer, mais aussi à les imiter.

Le monde moderne admire souvent les célébrités, les puissants ou les riches. L'Église nous présente un autre modèle : les saints. Car ce sont eux les véritables vainqueurs de l'histoire. Les royaumes passent, les empires s'effondrent, les gloires terrestres disparaissent. Mais les saints demeurent éternellement dans le Royaume de Dieu.

Et leur œuvre n'est pas terminée. Ils prient pour nous. Ils nous accompagnent. Ils nous montrent le chemin.

En ce jour béni, demandons à tous les saints de l'Église orthodoxe d'intercéder pour nous. Demandons-leur de nous apprendre à confesser le Christ avec courage, à porter notre croix avec patience et à rechercher avant tout le Royaume de Dieu. Amen.

 

Prêtre Zhivko Zhelev

 

 

Notre père parmi les saints JEAN de Shanghai

 

 

Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.

Bien-aimés dans le Christ,

Aujourd'hui, l'Église nous donne en exemple l'une des plus grandes figures de la sainteté contemporaine : saint Jean de Shanghai et de San Francisco. En contemplant sa vie, nous découvrons qu'il n'était ni un grand stratège, ni un homme puissant selon le monde, mais un homme entièrement livré à Dieu. Toute son existence fut une réponse silencieuse à cette parole du Seigneur : « Cherchez d'abord le Royaume de Dieu et tout le reste vous sera donné »

Dès son enfance, Jean Maximovitch manifesta un amour profond pour la prière et pour les Saints. Devenu moine puis évêque, il ne chercha jamais les honneurs. Il vivait dans une extrême pauvreté, dormait très peu, voire pas du tout, passait de longues nuits en prière et visitait inlassablement les malades, les prisonniers, les orphelins et les plus démunis. Beaucoup le prenaient pour un homme étrange. Son apparence était négligée, il marchait souvent pieds nus, absorbé dans la prière. Mais ceux qui avaient des yeux pour voir reconnaissaient en lui un homme rempli de la grâce de Dieu.

À Shanghai, il reçut la charge d'une communauté composée en grande partie de réfugiés ayant tout perdu après la révolution russe. Il ne se contenta pas d'administrer son diocèse : il en devint véritablement le père. Il parcourait les rues de la ville pour aller chercher les enfants abandonnés, les nourrir, les vêtir et leur offrir un foyer. Sous son impulsion fut fondé un orphelinat qui accueillit plusieurs centaines d'enfants. Beaucoup de ces enfants témoignèrent plus tard que Saint Jean connaissait leurs besoins avant même qu'ils ne les expriment et que, lorsqu'il n'y avait plus de nourriture ou d'argent, il priait simplement avec confiance. Bien souvent, contre toute attente, l'aide arrivait au dernier moment. Pour lui, la Providence de Dieu n'était pas une idée abstraite, mais une réalité quotidienne.

Il célébrait la Divine Liturgie avec une profonde ferveur, visitait sans relâche les hôpitaux, bénissait les maisons, consolait les mourants et passait des nuits entières à prier pour son troupeau. Ceux qui vivaient à Shanghai racontaient qu'il parcourait la ville tard dans la nuit, s'arrêtant devant les maisons pour prier en silence pour ceux qui s'y trouvaient. Son ministère était celui d'un pasteur qui ne connaissait ni horaires ni repos. Lorsque les bouleversements politiques plongèrent la Chine dans le chaos, il demeura aux côtés de ses fidèles jusqu'au dernier moment. Puis, lorsque leur départ devint inévitable, il partagea leur exil sans jamais chercher à sauver sa propre situation. Aux Philippines, sur l'île de Tubabao, il continua de soutenir les milliers de réfugiés russes. Les habitants racontaient qu'aucun typhon ne frappa directement le camp tant que saint Jean y demeura, tant était grande la confiance qu'ils avaient en ses prières. C'est encore lui qui multiplia les démarches auprès des gouvernements étrangers afin que ces familles puissent être accueillies dans de nouveaux pays et commencer une nouvelle vie.

La Providence le conduisit ensuite en Europe occidentale, où il fut nommé archevêque de l'Europe occidentale avec son siège à Paris. Il parcourut sans relâche la France et les pays voisins pour visiter les communautés orthodoxes dispersées, célébrant la Divine Liturgie, confessant les fidèles et réconfortant ceux qui vivaient loin de toute vie ecclésiale. Il rappelait que l'Orthodoxie n'était pas étrangère à cette terre, mais qu'elle avait profondément marqué la Gaule avant le schisme. C'est pourquoi il encouragea la redécouverte et la vénération des saints d'Occident, tels que saint Irénée de Lyon, saint Martin de Tours ou sainte Geneviève, afin que les fidèles redécouvrent les racines orthodoxes de la France.

Pour nous, fidèles de Lyon, il existe une raison toute particulière de rendre grâce : Saint Jean a également servi dans notre église Saint-Nicolas de Lyon. Il a célébré les saints offices ici même où nous nous rassemblons aujourd'hui. Il a élevé ses mains vers le ciel pour cette communauté, il a prié pour les fidèles qui nous ont précédés, et sa bénédiction demeure un héritage vivant pour notre paroisse. Nous ne vénérons donc pas seulement un grand Saint de l'histoire de l'Église ; nous honorons un pasteur qui a réellement marché parmi nous, dont la prière continue, nous l'espérons, d'accompagner notre communauté.

Enfin, envoyé à San Francisco, il trouva une communauté profondément divisée par des conflits internes, des tensions administratives et les difficultés liées à la construction de la nouvelle cathédrale. Beaucoup espéraient qu'il prendrait parti pour l'un ou l'autre camp. Lui choisit une autre voie : rappeler sans cesse que l'Église n'est pas une institution humaine fondée sur les intérêts personnels, mais le Corps du Christ. Cette fidélité à l'Évangile lui attira de nombreuses incompréhensions. Il fut critiqué, insulté et même traduit devant les tribunaux à la suite d'accusations injustes concernant l'administration du diocèse. Il supporta ces humiliations avec une patience évangélique, sans jamais répondre par la colère ni nourrir de ressentiment envers ses accusateurs. Il répétait que le pasteur doit être prêt à souffrir pour son troupeau, à l'image du Christ.

Malgré ces épreuves, rien ne ralentit son ministère. Il continuait de célébrer quotidiennement les offices, de visiter les malades jusque dans les hôpitaux au cœur de la nuit, de répondre aux appels des familles endeuillées et de parcourir des kilomètres pour apporter les saints Mystères à ceux qui ne pouvaient plus venir à l'église. Beaucoup racontaient qu'il connaissait mystérieusement les besoins spirituels des personnes avant même qu'elles ne les expriment. Son amour pastoral ne faisait aucune distinction entre les riches et les pauvres, les enfants et les vieillards, les pratiquants fervents et ceux qui s'étaient éloignés de l'Église.

Le 2 juillet 1966, alors qu'il se trouvait à Seattle avec l'icône miraculeuse de la Mère de Dieu de Koursk-Racine, il remit paisiblement son âme au Seigneur devant cette même icône qu'il avait tant aimée. Quelques jours plus tard, lors de ses funérailles à San Francisco, une foule immense vint lui rendre un dernier hommage. Des années après son repos, lorsque son tombeau fut ouvert, son corps fut retrouvé incorrompu. Depuis lors, d'innombrables fidèles ont témoigné de guérisons, de consolations et d'intercessions obtenues par ses prières. Dieu avait glorifié celui qui, toute sa vie, n'avait cherché qu'à Le glorifier.

Que nous enseigne donc saint Jean ?

Il nous enseigne d'abord que la sainteté n'est pas réservée aux siècles anciens. Elle est possible aujourd'hui. Dans un monde rempli de distractions, il nous rappelle la puissance de la prière. Dans une société qui recherche le confort, il nous montre la joie du sacrifice. Dans une époque marquée par les divisions, il nous apprend à aimer sans juger et à servir sans rechercher la reconnaissance.

Saint Jean nous enseigne aussi que chaque paroisse est un lieu où le Royaume de Dieu peut se manifester. Lorsqu'il célébrait dans notre église Saint-Nicolas, il ne voyait pas une petite communauté oubliée ; il voyait des âmes appelées à devenir des saints. Son regard était toujours tourné vers l'éternité.

Frères et sœurs, la meilleure manière d'honorer saint Jean n'est pas seulement d'admirer ses miracles ou de raconter sa vie. C'est d'imiter son exemple. Si nous prions davantage, si nous pardonnons plus facilement, si nous visitons les malades, si nous prenons soin des pauvres, si nous vivons chaque Liturgie avec un cœur repentant, alors son héritage continuera de porter du fruit dans notre paroisse. Amen.

Prêtre Zhivko Zhelev