DEUXIÈME DIMANCHE DE CARÊME
Saint Grégoire Palamas



Liturgie : Hébr. I, 10-II, 3 ; Marc II, 1-12
Hébr. VII, 26-VIII, 2 ; Jn X, 9-16



AU NOM DU PÈRE DU FILS ET DU SAINT-ESPRIT !
Bien-aimés Frères et Sœurs,


I Le Péché et le Paralytique

A) A cet homme paralysé que l’on descend à Ses pieds par le toit, le Christ «voyant sa foi», dit – ce qui peut paraître inattendu, voire non pertinent : «Tes péchés te sont pardonnés» …

Arrêtons-nous d’abord :Nous sommes en ce moment dans le Carême, temps de la pénitence. Le plus urgent semble au Christ, quand il voit le Paralytique, de lui dire : «Tes péchés te sont pardonnés». Qu’est ce que le péché, sinon LA PARALYSIE DE L’ÂME, Frères et Sœurs bien-aimés ? Du fait du péché, en effet, on n’avance plus, on est cloué à la terre …

B) Ce Paralytique – historique, dirais-je – est antérieur à la Confession et à la Pénitence sacramentelles, mais c’est avec juste raison que les prédicateurs orthodoxes prêchent, ce jour-là, sur la Confession, l’absolue nécessité de laver notre âme de tous ses péchés.

    С) C’est dans un second temps seulement, et, «afin que vous sachiez que le Fils de l’Homme a sur la terre l’autorité de pardonner les péchés», que le Christ dit au Paralytique : «Prends ton grabat et marche !». Miracle saisissant ! Telle est l’autorité du Christ Dieu : c’est la contemplation première qui s’impose à nous en ce jour.

    II « Ô Dieu, - dit Dieu au Fils, dans l’Epître aux Hébreux, - c’est Toi qui as fondé la terre dès le commencement, et les cieux sont l’œuvre de tes mains … Ils vieilliront comme un vêtement, tu les plieras et ils seront changés, mais Toi Tu seras toujours le même et tes années ne finiront point».

    L’épître aux Hébreux poursuit par un parallèle – inégal – entre le Fils et les anges ; «… et auquel de ses anges, Dieu a-t-il jamais dit : Tu es mon Fils, je T’ai engendré aujourd’hui»[C'est-à-dire : hors du temps] ? Et l’Apôtre continue le parallèle - opposition entre le Fils et les anges, il développe la fonction de ceux-ci : ils sont envoyés pour exercer leur ministère «en faveur de ceux qui doivent avoir l’héritage du salut» et il s’étend sur la parole qui a été annoncée par les anges et qu’il faut respecter … car la Foi n’abolit pas la Loi, mais elle l’accomplit.

    III – A) L’épître pour Grégoire Palamas vous est bien connue : «Car il nous était convenable d’avoir un tel souverain sanctificateur qui fut saint …». C’est l’épître que l’on lit souvent pour les grands saints. Mais ce texte file un parallèle – ambiguïté, dirais-je, entre le saint que l’on honore et le Christ, elle file aussi l’opposition entre l’ancien sacrificateur – qui offrait et renouvelait le sacrifice pour ses péchés et ceux du peuple – et le nouveau, le Christ, qui a accompli le sacrifice, c’est-à-dire Sa Passion, une fois pour toutes. Qui a enlevé le péché du monde – d’où, en particulier, le pardon souverain accordé au Paralytique de la péricope du deuxième Dimanche.

    B) L’évangile poursuit : «Je suis la Porte … Je suis le Bon Pasteur».Tel est en effet la péricope de saint Grégoire Palamas dont nous célébrons la fête, lui, le hérault, le porte-parole de l’hésychasme, l’un des pères les plus prestigieux de l’Athos. Lié à chacun de nous par la prière de Jésus, Saint Grégoire – début du XIV-e siècle – nous a laissés divers écrits théologiques dont certains sont singulièrement complexes, sur la distinction, en Dieu, de l’Essence et des énergies en particulier, sur la déification et la Lumière du Thabor ... Il est l’auteur d’homélies remarquables, dont son homélie sur la « Transfiguration » … Il eut une controverse célèbre avec le théologien Barlaam qui exprimait les points de vue romains..

    Véritable phare de l’Orthodoxie, saint Grégoire Palamas n’est pas indigne de se voir appliquées, comme au Christ les saintes paroles : «Je suis la Porte … Je suis le Bon Pasteur» .

Comme le Christ, et par Lui, il a été le Bon Pasteur. Souvenons-nous en en ce Dimanche du repentir et de la Pénitence.

 

AMIN


.

1-er DIMANCHE de CARÊME : TRIOMPHE de l’ORTHODOXIE


Liturgie Hébr. XI, 24-26, 32- XII, 2
Jean I, 43-51



AU NOM DU PÈRE DU FILS ET DU SAINT ESPRIT !
Bien-aimés Frères et Sœurs,


I – Dimanche dernier, nous étions dans la tristesse de l’accablement d’Adam chassé du Paradis. Effectivement, dès les vêpres du Pardon, nous sommes passés aux ornements noirs et nous avons commencé le Grand Jeûne. Mais Dieu ne nous laisse pas longtemps dans le désarroi : aujourd’hui Premier Dimanche de Carême, très régulièrement, nous fêtons cette grande fête de consolation qu’est le Triomphe de l’Orthodoxie.

L’iconoclasme, déclenché par deux décrets de l’empereur de Constantinople Léon III (726 et 728) a duré cent vingt ans – avec des hauts et des bas – et cela a été pour nos frères orthodoxes qui vivaient alors une persécution épouvantable. On détruisait les icônes dont on vidait les églises, on persécutait tous ceux qui les vénéraient. Quiconque avait une croix sur lui risquait la mort. Il y a eu une brève accalmie sous le règne de l’impératrice Irène qui régnait aux alentours de 800. Le septième concile s’était pourtant prononcé en faveur des icônes. Le fanatisme destructeur, influencé probablement par le comportement des musulmans et des juifs, a repris … Mais, à la mort de Théodule, redoutable iconoclaste (842), c’est sa femme Théodora qui a assumé la régence, et Théodora a rétabli avec autorité la vénération des icônes. L’iconoclasme était terminé, et, en cette fête, l’église rend hommage plusieurs fois dans les offices de la veille «aux saint empereurs, Michel et Théodora». Théodora était régente et Michel III, comme on le voit sur l’icône du jour, était encore un enfant.

II – Les icônes sont fondamentales pour nous, vous le savez ; aux iconoclastes de tout bord qui disaient : «nul n’a jamais vu Dieu», les orthodoxes répondaient : «Mais nous, nous L’avons vu !». L’icône est l’affirmation de la Divinité du Christ et de Son Incarnation. C’est pourquoi nous représentons le Christ et les saints qui sont tous l’image du Christ, et la Mère de Dieu a sa place rituelle dans toutes nos églises.

Dans le passage d’aujourd’hui de l’épître aux Hébreux, après avoir rendu un hommage appuyé à Moïse qui «devenu grand» refusa d’être appelé fils de la fille de Pharaon, pour rejoindre ses frères, renonçant ainsi aux gloires passagères, l’apôtre Paul évoque ensuite, à partir de Gédéon, tous ces autres grands Hébreux dont les œuvres furent exceptionnelles par la foi – c’est le leitmotiv de ces évocations – : ils ont vaincu les ennemis, conquis des royaumes, ils ont ressuscité des morts. Leur courage dans les épreuves, volontaires ou infligées n’est pas moins remarquable : on les a tués, sciés, lapidés. Ils vivaient dans des cavernes ou des trous de la terre, vêtus de peaux de bêtes, eux dont le monde était indigne.

Cependant, poursuit l’apôtre, ils n’ont pas reçu la récompense espérée et promise !

Est-ce un surprenant paradoxe, pourrions-nous demander …Non, poursuit l’apôtre : Dieu ne voulait pas – pour accroître la plénitude de la récompense – qu’ils parviennent sans nous à l’aboutissement.

Mais nous, avec de tels témoins – dont la valeur n’est pas méconnue ! – prenons le Christ pour guide et pour modèle, le Christ qui, à cause de la joie ! a choisi la Croix et subi l’humiliation, mais qui siège à la droite de Dieu.

III – Cette gloire impérissable qui entourait le Christ, même en cette vie, nous en avons une idée et un reflet saisissants dans l’épisode de Nathanaël. Jésus venait de choisir Philippe, comme il le faisait généralement en lui disant simplement : «Suis-moi !». Adhésion immédiate et totale de Philippe ! Celui-ci rencontre, peu après, Nathanaël et il lui dit : «Celui dont Moïse et les prophètes ont parlé, nous l’avons trouvé : c’est Jésus, le fils de Joseph de Nazareth».

Nathanaël n’attendait rien de bon de Nazareth, mais il suit Philippe. Jésus, le voyant arriver dit : «Voici un vrai Israélite en qui il n’y a point de fraude». «Comment me connais-tu ?» demande Nathanaël stupéfait. Jésus répond : «Avant que Philippe t’appelle, quand tu étais sous le figuier je t’ai vu !». Nathanaël, bouleversé par cette «double vue» de Jésus, Le reconnaît aussitôt comme Fils de Dieu et roi d’Israël. Mais le Christ annonce d’avantage : vous verrez le ciel ouvert et les anges monter et descendre sur le Fils de l’homme.

Vision mystique, qui fut celle des apôtres ou du précurseur – pensons notamment au Baptême, à la Transfiguration, à l’Ensevelissement, à tous ceux, en général, que le Christ choisit …

Voir «au-delà des apparences» n’est-ce pas à cela que nous convient nos saintes icônes que nous fêtons aujourd’hui ? VÉNÉRONS-LES !



AMIN

.

Nous proposons à nos lecteurs cette traduction d'une homélie de Saint Jean de Cronstadt qui nous a été envoyée de Montréal par Aude Sturdza à l'occasion du Dimanche du Pardon et rappelons le souvenir de son époux, le prince Aldéa, trop tôt disparu il y a deux ans jour pour jour. Aude et Aldéa Sturdza étaient enfants spirituels de S.B. le Métropolite Vitaly et lui ont manifesté une fidélité absolue jusqu'au dernier jour.

La Rédaction

 

Homélie de Saint Jean de Cronstadt

Pour le Dimanche du Pardon

Aime Dieu et ton prochain

 

"Si vous pardonnez au gens leurs péchés, votre Père céleste aussi vous pardonnera vos péchés", dit le Seigneur (Mat VI, 14-15).

Ce dimanche s’appelle dans la langue populaire ‘’dimanche du pardon’’. Depuis les temps anciens, on garde la coutume en ce jour et durant toute la semaine de la Tyrophagie, de se demander mutuellement pardon pour les péchés commis l’un envers l’autre. Magnifique coutume, authentiquement chrétienne : qui de nous, en effet, ne pèche pas contre son prochain, que se soit en paroles, en actes ou en pensées ? En demandant pardon à l’autre, nous montrons notre foi en l’Évangile, notre humilité, notre refus du mal, notre amour de la paix. Au contraire, ne pas désirer demander pardon montre notre peu de foi, la suffisance, la rancune, l’insoumission à l’Évangile, la résistance à Dieu, la complicité avec le Diable.

Pourtant, nous sommes tous enfants du Père par la grâce, membres du Christ notre Dieu, membres de l’unique corps, l’Église, qui est Son corps, et membres les uns des autres; Dieu est amour (I Jean IV,8);  et plus que tous les holocaustes et sacrifices, Il exige de nous un amour mutuel, qui est patient, fait miséricorde, n’envie pas, ne s’enfle pas, ne s’enorgueillit pas, ne fait pas de scandale, ne recherche pas son intérêt, ne s’irrite pas, ne tient pas rancune, ne se réjouit pas de l’injustice, mais se réjouit de la vérité. Il excuse tout, croit tout, supporte tout et jamais ne cesse (I Cor, XIII,4-8). Toute la loi tient en deux mots : aime Dieu et aime ton prochain. Le cœur de l’homme est extrêmement égoïste, impatient, jaloux de son dû, méchant et rancunier : il est prêt à s’emporter contre son frère contre un mal patent, mais aussi contre un mal imaginaire, pour une parole offensante, mais aussi pour une parole équitable ou tranchante – et même pour un regard qui a semblé peu indulgent, rusé, fier, c’est tout juste s’il ne s’emporte pas contre les pensées du prochain, celles qu’il lui invente.  Le Seigneur qui sonde les cœurs dit ceci : c’est du cœur que sortent les pensées méchantes : adultère, débauche, meurtre, vol, emportement, méchanceté, fourberie, obscénité, envie, blasphème, orgueil, déraison (Mc VII, 21-22). À la méchanceté humaine doit être opposée l’infinie bonté et la grâce toute puissante de Dieu ;  avec son secours il est aisé de fuir tout mal par la douceur, la bonté, l’esprit de concession, la patience et la longanimité. Je vous le dit, déclare le Seigneur, ne résistez pas au méchant.  Si quelqu’un te frappe sur la joue droite, tend-lui l’autre; Celui qui veut te faire un procès et prendre ta tunique, donne-lui aussi ton manteau (Mat V,39-40)…  En échange des péchés pardonnés au prochain, le Père céleste nous promet le pardon de nos péchés, l’acquittement au Jugement dernier, la béatitude éternelle ;  les miséricordieux obtiendront la miséricorde (Mat V, 7). La méchanceté invétérée doit s’attendre au juste jugement de Dieu et au tourment éternel.  Écoutez ce récit qui montre comment Dieu punit dès ici-bas les méchants qui ne veulent pas se réconcilier entre eux. Dans la Laure des Grottes de Kiev, il y avait deux solitaires – deux moines – le Prêtre Tite et le Diacre Évagre.  Après avoir vécu quelques années en bonne intelligence, pour une raison quelconque, ils se prirent d’inimitié et de haine l’un envers l’autre;  leur animosité mutuelle dura fort longtemps, et eux, sans se réconcilier, avaient l’audace d’offrir à Dieu le  sacrifice non sanglant de l’Autel.

Tous les conseils de la communauté, de laisser là leur colère et de vivre dans la paix et la bonne entente, demeurèrent vains.  Un jour le prêtre Tite tomba gravement malade.  Désespérant de survivre, il commença à pleurer amèrement son péché et envoya quelqu’un demander pardon à celui qu’il n’aimait pas ; mais Évagre ne voulut même pas en entendre parler et se mit à le maudire sans pitié. La communauté des frères, déplorant un si grave égarement, l’emmena de force auprès du mourant. Tite, apercevant son ennemi, se dressa sur sa couche avec l’aide des autres et tomba devant lui, le suppliant avec les larmes de lui pardonner. Mais Évagre était si inhumain qu’il se détourna de lui et s’écria avec fureur : ni en cette vie ni dans l’autre je ne veux me réconcilier avec lui!  Il s’arracha des mains de la communauté et tomba à terre.  Les moines voulaient le relever mais quelle ne fut pas leur surprise de le voir mort, et si froid qu’on eût dit qu'il avait expiré depuis longtemps ! Leur surprise s’accrut encore quand ils virent au même moment le prêtre Tite se lever en bonne santé de sa couche de douleur, comme s’il n’avait jamais été malade.  Frappé de stupeur devant un événement si inattendu, ils entourèrent Tite et l’un après l’autre l’interrogeaient : qu’est-ce que cela signifie?  Il répondit : ‘’J’étais dans cette grave maladie jusqu’à ce que moi, pécheur, qui m’étais emporté contre mon frère, je visse les anges s’éloigner de moi et verser des larmes sur la perte de mon âme et les esprits impurs se réjouir. Voila la raison pour laquelle j’ai désiré plus que tout me réconcilier avec lui. Mais comme on me l’amenait, que je me prosternais devant lui et que lui commençait à me maudire, je vis un ange menaçant de le frapper d’une lance de feu et le malheureux tomber à terre, mort. Et le même ange me tendit la main et me releva de ma couche de douleur.’’ Les moines pleurèrent la terrible mort d’Évagre et depuis lors, ils commencèrent à veiller à ce que jamais le soleil ne se couche sur leur colère.

Frères et Sœurs, la rancune est le plus terrible des vices, elle est aussi détestable devant Dieu que funeste dans la société. Nous sommes créés à l’image et à la ressemblance de Dieu : la bonté et l’innocence doivent être nos vertus permanentes, car Dieu se conduit à notre égard selon sa bonté. Il est lent à la colère et nous pardonne sans compter. Nous aussi, nous devons pardonner. Mais le rancunier n’a pas en lui l’image et ressemblance de Dieu : il est plutôt une bête qu’un homme.  Amen.

 

 

.

DIMANCHE de l’EXPULSION d’ADAM


Matines : Luc XXIV, 1-12
Liturgie : Rom. XIII, 11–14 ; Matt. VI, 14-21


AU NOM DU PERE DU FILS ET DU SAINT ESPRIT !
Bien-aimés Frères et Sœurs,


Ce dimanche est aussi celui de la Tyrophagie, c’est-à-dire, ce soir même, la fin des Laitages, et le commencement du Grand Carême, temps de Pénitence absolue, conduisant à la PÂQUE du Christ souffrant et Rédempteur.

I – Ces quarante jours rappellent immédiatement les quarante jours de Lamentations et de désespoir d’Adam et d’Eve au pied des murs du Paradis Terrestre dont ils venaient d’être chassés pour leur désobéissance. Après le péché, raconte la Genèse, Adam et Eve entendirent la «Voix» de Dieu – qui ne leur avait pas encore parlé ! Mais Dieu est Parole – qui se promenait au Paradis terrestre, par ce beau jour ensoleillé. Ils se cachèrent car ils étaient nus et, maintenant, ils le savaient ! Et Dieu – le Christ, qui se promenait, et qui, en tant qu’homme ne sait pas tout –, les appelle : «Adam, Adam ! Où es-tu ?». «Je t’ai entendu marcher dans le Paradis et j’ai eu peur, parce que je suis nu !».

Ainsi Adam confessait-il sa faute. Il fut chassé du Paradis, et pendant quarante jours, il se lamenta autour des murs du Paradis.

Nous avons eu, dès avant le début du Grand Carême, le chant du Psaume 137 «Près des fleuves de Babylone assis, nous pleurions en nous souvenant de Sion …» autre chant d’exil et de douleur.

Mais fondamentale s’avère la notion de PARDON qui, peu avant la péricope de ce jour consacrée à la prière, figure évidemment dans le «Notre Père» enseigné en ce jour par le Christ à Ses apôtres, mais qui est en outre soulignée par ce commentaire du Seigneur Lui-même : «Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus».

Ce dimanche, en effet, est celui du Pardon !

II – Réveillez-vous du sommeil ! Le temps presse, dit l’apôtre Paul, le Salut est plus près de nous que quand nous nous sommes convertis – puisqu’il s’agit, en effet, en ce dimanche, de la proximité de la Pâque. Rejetons les œuvres de ténèbres ! L’épître poursuit : «Ne nous jugeons pas les uns les autres». Certains jeûnent beaucoup, d’autres jeûnent moins. Nous n’avons pas le pouvoir de juger.

III – Il y a des jeûnes ostentatoires : ils ont en eux-mêmes leur récompense, dit quant à lui l’apôtre Matthieu. Le vrai jeûne est pour Dieu seul : on jeûne dans le secret et Dieu nous voit. Il convient en effet d’être détaché des biens et des valeurs de ce monde – où il y a, nous la savons, des parasites et des voleurs : les vrais trésors sont ceux que l’on amasse dans le Ciel.

Notre modèle absolu du détachement et de l’ascèse est évidemment le CHRIST en Sa Passion volontaire.

Mais, dans cet évangile même, le thème de l’ascèse n’est en aucune manière disjoint de celui du pardon : «Si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi les vôtres. Si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne vous pardonnera pas non plus les vôtres».

Si bien que ce dimanche qui précède immédiatement le Grand Carême est aussi celui du Pardon. Le dimanche précédent – qui était celui du Jugement –, vous avez observé que le Christ dans la prosopopée de Son discours aux élus et aux damnés, ne parle nullement des devoirs envers Dieu, mais uniquement de la charité – ou du manque de charité – envers le prochain. Il va sans dire que nous nous engageons aujourd’hui dans le Carême par amour pour Dieu, et donc par loyauté envers Ses commandements. Mais nul ne peut aimer Dieu s’il n’aime pas son prochain : le premier et le «second» commandement sont liés et ils sont semblables. C’est donc de grand cœur que tout à l’heure nous nous pardonnerons les uns les autres.

Allons au Christ Sauveur en nous unissant à Lui par la souffrance, celle en particulier que comporte la privation de nourritures et de toutes les autres jouissances mondaines. Lui qui est Dieu ! Mais allons aussi à Lui par l’amour pour nos frères.

Dans le Carême, nous nous acheminons, par la souffrance, vers la Pâque. Mais, en liaison avec la préoccupation constante du prochain, cet autre thème est présent dans les textes de ce jour : Ne jugeons pas ! … En effet, le seul Juge est Dieu. Juge terrible, en vérité (Le Dimanche du Jugement est tout proche !)

- Pensons au long exil de la descendance d’Adam,

- Pensons au long exil de Babylone,

- Pensons à la fin redoutable du Psaume «Près des fleuves de Babylone» : «Fille de Babylone …Heureux qui saisira tes enfants, et les brisera contre le rocher».

Dieu, certes, est le Juge Terrible,Mais Il est aussi notre Sauveur et notre Rédempteur.


AMIN

.

DIMANCHE du JUGEMENT


Matines : Marc XVI, 9-20
Liturgie : 1 Cor. VIII, 8 - IX, 2 ; Matt. XXV, 31-46


AU NOM DU PÈRE DU FILS ET DU SAINT ESPRIT !
Bien aimés Frères et Sœurs,


I – Ce dimanche qui est celui du Jugement, est également le dimanche de « Carnaval » - ce qui veut dire : « adieu, la viande ! » - et marque l’accès dans le jeûne, relativement limité, de la « Semaine des Laitages ».

Ceci nous explique immédiatement le thème de l’épître aux Corinthiens qui vient d’être lue. L’apôtre parle du jeûne, d’une certaine manière quant au fond : la nourriture ne nous rapproche ni ne nous éloigne de Dieu : si nous mangeons, nous n’aurons rien de plus, et si nous ne mangeons pas, rien de moins. Cela remet les choses au point : le jeûne n’est pas un concours d’athlétisme, on ne regarde pas qui jeûne plus ou moins.

Mais attention : il peut arriver qu’un croyant pieux soit amené un jour – par telle circonstance momentanée – à ne pas jeûner ... Mais si un fidèle moins averti, le voit ne pas jeûner en un lieu public (comme étaient les temples païens) et s’il est scandalisé, alors il faut s’abstenir de ce repas afin de ne pas scandaliser ce fidèle innocent pour lequel Christ est mort !

Plutôt que de scandaliser un frère, conclut l’apôtre, j’aime mieux ne plus jamais manger de viande.

L’abstention de certaines nourritures reste également dans le Carême une règle de spiritualité : il s’agit, pour nous, de nous priver des nourritures carnées – qui sont des excitants et qui, comme telles, contrarient la prière.

II – Le Carême est une période bénie d’affinement dans notre acheminement annuel et perpétuel, vers le Seigneur, Pâques, d’abord, qui est la fête de notre Salut, et ensuite le Jour Terrible du Jugement celui qui nous attend au-delà de notre vie. Dans la péricope d’aujourd’hui, le Christ évoque Son retour, avec tous les anges, lorsqu’Il viendra pour juger tous les hommes. Le monde actuel, fondamentalement païen, n’y pense pas, mais il y aura ce Jugement final où certains seront condamnés, tandis que d’autres seront sauvés.

« Tous les hommes seront sauvés ! » disent aujourd’hui les sots, les jouisseurs, certains « intellos », voire certaines pseudo églises. Du tout ! Le Christ notre Dieu dit explicitement le contraire ! Au jour terrible, il séparera Lui-même les brebis d’avec les boucs, les bons qui donnent du fruit et les mauvais qui n’en donnent pas !

Le critère de discernement du Juge est explicité. Aux brebis Il dira : « Venez les bénis de mon Père au Royaume préparé pour vous dès le commencement du monde » car, poursuit-Il, « j’ai eu faim et vous m’avez nourri, j’ai eu soif et vous m’avez donné à boire, j’étais nu et vous m’avez vêtu, malade et vous m’avez soigné, prisonnier et vous m’avez visité » … Mais ces bons répondront avec stupeur : « quand t’avons-nous trouvé affamé et t’avons-nous nourri ? Quand, assoiffé et t’avons-nous désaltéré » … et ainsi de suite pour tous les autres secours évoqués. Ils sont ébahis, mais le Christ leur répond : « Quand vous l’avez fait au plus petit d’entre mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait ».

« Au plus petit D’ENTRE MES FRÈRES … » : C’est généreux, sans aucun doute, d’envoyer de l’argent à Haïti ou ailleurs. Mais les frères du Christ c’est ceux qui se rattachent à Lui, ecclésiastiques et fidèles, et qui, par suite, reçoivent et donnent A CAUSE DE LUI.

Comme nous le savons, et comme je le rappelais plus haut, le jeûne est un moyen privilégié d’affinement et d’approfondissement spirituel. Mais, comme il est dit ailleurs dans les évangiles, il ne s’agit pas de s’isoler dans son propre ascétisme, de prendre la mine contrite et de se replier sur soi : ayez au contraire un comportement bienveillant et souriant comme si vous ne jeûniez pas : pratiquons le jeûne, mais n’oublions pas le prochain – c’est-à-dire les plus proches, au sens étymologique du terme. Le jeûne ne doit pas se disjoindre de la charité.

Ainsi armés par ces commandements salutaires, acheminons-nous fraternellement vers un SAINT CARÊME !

AMIN

 


 

.