- Depuis une vingtaine d’années nous faisons en sorte, chaque année, de ne pas laisser tomber dans l’oubli deux dates particulièrement symboliques de l’histoire de la Russie : le 2/15 mars, jour de l’abdication du saint Tsar-Martyr Nicolas II, marquant la fin de la Russie historique ainsi que la fin de l’ère constantinienne d’un pouvoir chrétien sur le monde, et le 4/17 juillet, suite logique et aboutissement de la révolution de Février, commémorant l’assassinat rituel de la Famille Impériale.
- Ces deux événements, vieux de plus d’un siècle, s’estompent peu à peu de la conscience de nos contemporains. S’ils rencontrent encore un écho chez certains en Russie, ils sombrent dans un oubli total en Occident. Il revient à l’Emigration Russe Blanche de faire vivre, ne serait-ce que pour nos enfants, le souvenir de cette Russie, de Notre Russie. Si nous ne le faisons pas, qui le fera ?
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- ¨Protod. Germain
Funeste Février
Qui comprend aujourd'hui le sens profond et la portée de la tragédie russe que fut, il y a cent neuf ans, la révolution de Février ?
Une tragédie, certes, pour le peuple russe, mais loin d'être une tragédie pour laseuleRussie. Rares sont ceux qui, non seulement ne s'interrogent pas à ce sujet, mais sont capables de comprendre à quoi ressemblerait le monde aujourd'hui sans cette tragédie. On ne peut réécrire le passé, tout comme l’avenir n’est pas encore écrit et tout ce que nous possédons, c’est le présent. Et ce présent est loin d’être réjouissant ; il n’inspire que de l’inquiétude et de sombres pensées. Où trouver aujourd’hui cette force sur laquelle on pourrait s’appuyer, vers laquelle on pourrait se tourner pourtrouver une protection? Cette force n’existe tout simplement plus. Aujourd’hui plus que jamais, le monde gît dans le mal,et nous savons tous qui est le prince de ce monde. Il n’y a plus personne pour arrêter sa progression. Le Tsar orthodoxe a été destitué, puis impitoyablement massacré. Là réside la racine de la tragédie. Il existait autrefois un grand Empire chrétien, avec bien sûr toutes sortes de défauts, mais qui était doté de principes élevés et incontestablement positifs. Qui avait besoin de détruire ce dernier bastion du pouvoir chrétien sur Terre, et pourquoi ?
On peut affirmer avec certitude que personne n’avait besoin de cette révolution et qu’elle n’était en rien justifiée ; pourtant, rares sont ceux qui le comprennent aujourd’hui. Dans la plupart des cas, on continue de répéter les fables apprises à l’époque soviétique sur un pays misérable et sans droits, sur un souverain faible menant la Russie à sa perte, et sur la nécessité d’un changement de pouvoir, voire de régime, comme chance ultime pour remporter la victoire lors de la Première Guerre Mondiale, sauver l’Armée et le pays.
Cependant, l’année 1917 s’annonçait en réalité absolument victorieuse. Tandis que s’approchait déjà le dernier acte de la plus grande tragédie mondiale — la guerre de 1914-1917 —, la vaillante Armée Russe, sous le commandement suprême de son Tsar bien-aimé, se préparait à porter un coup décisif, à remporter une victoire inéluctable et à infliger une défaite définitive à l'ennemi —, mais cette victoire fut perfidement arrachée des mains du peuple russe et de l'Armée Russe. Le Souverain avait amené l’Empire au seuil de la victoire. Il ne restait plus qu’une dernière offensive, programmée pour le printemps 1917. Cette perspective enthousiasmait tellement l’Empereur de Russie que, dit-on, il prévoyait d’organiser un défilé de la Victoire dès l’été 1917.
Mais c'était sans tenir compte de la conspiration et de la trahison qui se tramaient dans son dos à Petrograd et qui avaient contaminé les hauts gradés de son entourage. C'est cela, et cela seulement, qui contraignit le Souverain à signer, contre sa volonté profonde, l'acte d'abdication du Trône ancestral, croyant à tort que l'Armée qu'Il aimait tant s'était détournée de Lui, alors qu'il s'agissait en réalité de quelques généraux de l’état-major, à commencer par les généraux Alekseïev et Rouzski, tombés sous l'influence de politiques libéraux de la Douma, et qui avaient induit en erreur les autres généraux commandant les fronts, alors que l’Armée elle-même ne se doutait de rien et restait, dans sa grande majorité, fidèle à son serment.
Et là, force est de constater que la catastrophe russe n’avait aucune raison objective valable ; elle s’est en réalité produite dans un contexte d’épanouissement généralisé de l’Empire russe et, répétons-le une fois encore, à la veille d’une victoire militaire inéluctable et éclatante. Comme l’écrivait l'archimandrite Constantin (Zaitsev) : « Ce n’est pas une Russie vaincue qui a été victime de la révolution. Bien au contraire ! La Russie victorieuse a été privée des fruits de sa victoire par le fait qu’elle a été précipitée dans l’abîme de la tourmente révolutionnaire ». De plus, ce pasteur et historien respecté disait clairement : « La révolution n’est pas le fruit de la défaite, mais sa source. La révolution a fait échouer la victoire ».
Nous savons que ce que nous écrivons ici va à l'encontre de la version dite officielle des événements, celle que l'Histoire a adoptée, celle qui est présentée et inculquée depuis un siècle dans l'esprit du peuple, et qui est gravée dans les manuels universitaires et scolaires. Néanmoins, n'ayons pas peur d'être une voix qui crie dans le désert et répétons sans relâche le fait de l'indéniable essor économique de la Russie sous le règne de l'Empereur Nicolas II, essor qui a commencé sous le règne de son père et qui a placé la Russie à la première place mondiale selon de nombreux paramètres économiques et industriels. Notons en passant que pendant la Première Guerre mondiale, la Russie — communément appelée grenier à blé de l’Europe – était pratiquement le dernier pays d'Europe à ne pas avoir instauré de cartes de rationnement pour sa population.
On admet pour vérité absolue que le Tsar était un homme faible. Pourtant, prendre en août 1915 la lourde et périlleuse responsabilité, à une époque des plus sombres pour la Russie, du Commandement Suprême d'une Armée alors en plein désarroi et en pleine déroute morale : est-ce là un signe de faiblesse de la part du Tsar de Russie ? Non, c'est plutôt un acte chevaleresque. Et l’on sait que ce fut un tournant dans la guerre et la Russie se mit à engranger des victoires successives sur le terrain.
Face à la réalité et à l'Histoire, que valent les paroles grandiloquentes du président de la Douma, Rodzianko, et de ses acolytes, selon lesquelles seule l'abdication pouvait sauver la Russie, assurer la victoire et conjurer la révolution ? Tout le monde sait comment ces politiciens sans talent du Gouvernement Provisoire, dès lors que le pouvoir fut entre leurs mains, ont géré tout à la fois l’Armée, la victoire et la révolution. Ne vaut-il pas mieux se rappeler l’avis impartial, objectif et faisant autorité d’un observateur extérieur, Winston Churchill, alors ministre de la Guerre, exposé dans le premier tome de son ouvrage La crise mondiale 1916-1918 : « En mars, le Tsar était sur le trône. L’Empire russe et l’Armée russe tenaient bon, le front était assuré et la victoire incontestable. »
Ainsi, la sédition venait de l'intérieur du pays, attisée par l'esprit libéral de l'intelligentsia et des politiciens de la Douma, qui faisaient de l’agitation parmi les masses populaires. Pétersbourg bouillonnait de passions malsaines et le Souverain était au courant de tout cela, il connaissait les intrigues dans les hautes sphères de la société, mais n’y prêtait pas particulièrement attention, ne doutant pas de la fidélité des généraux qui avaient prêté serment devant Dieu, ni de la loyauté de l’Armée. Selon le témoignage de Gilliard, le précepteur suisse du jeune Tsarevitch Alexis : « Le Tsar jouissait encore d’une grande autorité dans l’Armée, tout comme parmi les paysans ». C’est pourquoi il observait toute la situation avec sang-froid, ce qui était une trait caractéristique de son caractère.
Mais la Russie fut victime d'une trahison non seulement interne, mais également externe. Les traîtres extérieurs se sont avérés être, aussi étrange que cela puisse paraître, ceux-là même avec qui, et pour qui, la Russie versait son sang lors de cette Grande Guerre. Comment l'expliquer ? La réponse est simple et confirme ce qui précède : par la crainte découlant d'une victoire inévitable de la Russie. Les Alliés souhaitaient évidemment la victoire, mais une victoire pour eux-mêmes et sans la Russie ! C'est là qu'interviennent des considérations de politique internationale. Pendant que la guerre faisait rage, des négociations diplomatiques, en vue de l’après-guerre, se déroulaient en parallèle et il fallait alors amadouer la Russie afin de garantir la poursuite de sa participation si nécessaire à une issue victorieuse de la guerre. Ainsi, selon l'accord secret Sykes-Picot, signé le 16 mai 1916, à l“issue de la guerre et en cas de victoire de l'Entente, la Russie devait notamment prendre possession de Constantinople, du Bosphore, des Dardanelles et des détroits de la mer Noire. C'est alors que nos « alliés » se sont rendu compte qu“une telle perspective ne servait en rien les intérêts de l'Europe, car l'Empire russe deviendrait ainsi assurément la première puissance européenne. La France, et surtout la Grande-Bretagne qui se prenait pour le maître de l’univers, pouvaient-elles tolérer cela ? Souvenons-nous qu’à Petrograd, l’ambassadeur britannique sir Buchanan rencontrait ouvertement les conspirateurs et se réjouissait de la possibilité d’une révolution, tandis que ses supérieurs, Lloyd George et Balfour, ne restaient pas les bras croisés et, de concert avec les banquiers américains (et c'est là un sujet vaste et particulier ...), faisaient tout leur possible pour prévenir la „menace russe“ qui se profilait à l'avenir.
Comment une révolution si habilement attisée aurait-elle pu ne pas éclater dans ces conditions… On ne peut s’empêcher de se rappeler les paroles prophétiques du grand poète, diplomate, publiciiste et penseur profond Fedor Tioutchev, qui écrivait au milieu du XIXe siècle dans son étude perspicace La Russie et la révolution, étude qu’il convient de lire et de relire, cette vérité qui s’est confirmée dans les faits: « Depuis longtemps déjà, il n’existe en Europe que deux forces réelles : la Révolution et la Russie. Ces deux forces s’opposent aujourd’hui, et demain, peut-être, elles s’affronteront. Entre elles, aucun accord ni aucun traité n’est possible. La vie de l’une signifie la mort de l’autre. De l’issue de la lutte entre elles, la plus grande lutte que le monde ait jamais vue, dépend pour les siècles à venir tout l’avenir politique et religieux de l’humanité. »
De fait, ces deux forces se sont affrontées, avec un résultat que tout le monde connaît. La vie de l’une signifie la mort de l’autre, prophétisait Tioutchev, et c’est bien ce qui advint : le Tsar s’en est allé — la Russie a cessé d’exister. La Russie n’est plus. L'archimandrite Constantin, cité plus haut, écrivait dans son étude Le Tsar et la Russie : « La grandeur et la chute de l'Empire romain — c'est sous ce titre que Montesquieu a autrefois rédigé son célèbre essai sur les causes de la disparition de la plus grande entité culturelle, politique et étatique du monde antique. Sous un titre similaire, on pourrait aujourd’hui écrire une étude sur le destin de la Russie, à cette différence près que sa grandeur fut peut-être encore plus grande et que sa chute fut certainement plus terrible /.../ Cette catastrophe n’était motivée par aucune raison objective et compréhensible ».
Et pourtant, il existe encore aujourd’hui des gens qui imputent la révolution au Souverain…
Mais c'est là une incompréhension totale du principe chrétien qui sous-tendait la vision du monde de notre saint Tsar-Martyr. Il avait pourtant clairement déclaré auparavant : « J'ai la conviction inébranlable que le destin de la Russie, mon propre destin et celui de ma famille sont entre les mains du Seigneur, qui m'a placé là où je me trouve. Quoi qu’il arrive, je m’inclinerai devant Sa volonté, convaincu que je n’ai jamais eu d’autre pensée que celle de servir le pays qu’Il m’a confié ». Et lorsque les indignes représentants de la Douma eurent l’audace de se présenter devant Lui pour exiger son abdication, ils entendirent la réponse noble et pleine d'abnégation du Souverain, formulée sous forme de question : « Êtes-vous certains que cela servira le bien de la Russie ? ». Quelqu’un a dit à juste titre que, par cette sage question historique, il s’était déchargé de la responsabilité de cette décision, dont les conséquences retombent entièrement sur la tête de tous ceux qui ont osé lever une main sacrilège sur l’Oint du Seigneur.
Et dans le Journal intime du Tsar, on peut lire, en ce jour funeste du 2/15 mars, cette seule sentence laconique : « Autour de moi, tout n'est que trahison, lâcheté et fourberie », par laquelle ce Tsar, d’une honnêteté cristalline, trahi par ceux qui Lui étaient en tout redevables, a non seulement décrit les sentiments qu’Il éprouvait, mais a également posé un diagnostic précis sur notre monde déchu d’aujourd’hui.
Protodiacre Germain Ivanoff-Trinadtzaty
- Le hasard a voulu que je reçoive l’enregistrement youtube d’une conférence de Monsieur François Asselineau, ancien candidat à la Présidence de la République, sur l’Alliance Franco-Russe et la venue de l’Empereur Nicolas II à Paris en 1896. Ce remarquable témoignage historique montre ce qu’était la Russie des Tsars et quelle était l’attitude de la France et des Français à l’égard de celle qui sauva la France.lors de la Première Guerre Mondiale. « Si la France n’a pas été rayée de la carte de l’Europe, c’est à la Russie qu’elle le doit » (Maréchal Foch). À méditer …
- https://www.youtube.com/watch?v=gfewYaWs7xg