« Le Miracle de la Marne »
Comment il a été rendu possible
Note de la Rédaction :
Les caractères gras et italiques sont de nous
Le 1er août 1914, à 19 h 10, l’ambassadeur d’Allemagne, le comte Friederich von Pourtalès, remit au ministre des Affaires étrangères, Sazonov, une notification l’informant que l’Empire allemand «se considérait en état de guerre avec la Russie», mettant ainsi fin à tous les efforts du Souverain russe pour empêcher la catastrophe mondiale. Par les accords conclus, la Russie s’était engagée à mettre immédiatement sur pied une armée de huit cent mille hommes. A cette date, la mobilisation de la Russie n’était pas achevée et les troupes n’avaient pas encore été mises en pleine préparation de combat. Toutefois, le 5 août, l’ambassadeur de France, Maurice Paléologue, s’adressa au Souverain avec une demande officielle de donner l’ordre d’une «offensive immédiate, faute de quoi l’Armée française risque d’être écrasée».
Il ne s’agissait plus ici de coopération ou d’aide, mais d’une demande véritable de sauvetage.
Selon le plan militaire allemand — le plan Schlieffen —, les troupes de l’Empire germanique envahirent la Belgique au début du mois d’août 1914, violant ainsi sa neutralité, ce qui entraîna l’entrée de la Grande-Bretagne dans la guerre. Leur progression vers Paris ne put être arrêtée par l’exécution du plan militaire français, les opérations offensives en Lorraine et en Alsace ayant essuyé un échec complet. À la fin du mois d’août, les troupes allemandes s’étaient rapprochées de la capitale française, menaçant sérieusement de prendre Paris.
Ainsi, en réponse à l’appel alarmant de la France, le 14 août, trois corps d’armée de la I-re Armée du général Rennenkampf se mirent en marche et, le 17 août, pénétrèrent en Prusse-Orientale. La II-e Armée du général Samsonov se mit également en mouvement.
Le 20 août, les forces allemandes du XVII-e corps de la VIII-e Armée battirenten retraitedans la panique et le désordre. Ce premier succès partiel des Russes eut des conséquences considérables : le Chef de l’état-major allemand, le général comte Moltke, ordonna notamment de retirer immédiatement trois corps d’armée du front occidental et de les transférer vers l’Est afin de défendre le territoire allemand contre l’invasion russe. Le front occidental, jusque-là victorieux pour les forces allemandes, s’en trouva ainsi fortement affaibli. Du 21 au 24 août, dans la région de Charleroi-Dinant, les Français subirent un revers très important et se trouvèrent dans une situation critique. Ils ne purent échapper à l’encerclement et à l’anéantissement que grâce au retrait de ces deux corps d’armée allemands, ce qui permit également de sauver l’Armée britannique, qui n’aurait jamais pu tenir seule, sans l’appui des Français.
Mais tout cela n’était encore que le prélude aux journées décisives de la bataille de la Marne du 4 au 9 septembre qui anéantit tous les plans allemands de victoire. La bataille de la Marne devint l’un des événements décisifs de l’histoire de la Première Guerre mondiale. Sous le commandement du général Joffre, les troupes françaises, avec l’appui de l’Armée britannique, arrêtèrent l’offensive allemande qui progressait vers Paris et menaçait de s’emparer de la capitale.
Dans ce que l’on a appelé par la suite le «Miracle de la Marne», il est impossible de passer sous silence le fait décisif et incontestable des deux corps d’armée allemands qui avaient été transférés en Prusse-Orientale pour combattre les forces russes, lesquelles étaient intervenues dans l’unique but d’affaiblir les forces allemandes sur le front français. Ce furent précisément ces corps d’armée manquants qui empêchèrent l’Armée allemande de remporter une victoire incontestable.
Ainsi, l’Armée française réalisa son «miracle» grâce au fait que, au même moment,répondant à sa demande, l’Armée russe menait son offensive sur le front oriental, en Prusse-Orientale et en Galicie. Königsberg lui-même se trouva menacé de tomber. Au-delà s’ouvrait la route de Berlin. Pour empêcher cela, les Allemands durent, comme nous l’avons vu, transférer des troupes de l’Ouest vers l’Est, en Prusse-Orientale. Ce n’est qu’après cela qu’ils parvinrent à arrêter l’offensive de l’Armée russe. Et c’est la raison pour laquelle eut lieu le fameux «Miracle de la Marne». Si l’Armée russe n’était pas intervenue, les Allemands seraient certainement arrivés jusqu’à Paris. Et ensuite seraient venus la capitulation de la France et son retrait de la guerre. La Russie aurait alors dû affronter seule l’Allemagne et l’Autriche, car les Anglais seraient, pour leur part, restés vraisemblablement à l’écart du danger, quelque part loin du champ de bataille. Certes, les Français remportèrent indubitablement la victoire dans cette guerre, mais n’oublions jamais que cette victoire n’a été rendue possible que grâceà l’aide décisive de la Russie. L’essentiel étant bien que, sans cette aide, l’Armée française aurait tout simplement pu être anéantie.
Dans quelle mesure notre affirmation correspond-elle à la réalité ? Présentons pour cela les témoignages incontestables provenant de sources françaises elles-mêmes, ainsi que des sources d’autres pays, car ce fait est aujourd’hui totalement passé sous silence.
L’un des plus proches collaborateurs du maréchal Joffre écrit : «Deux corps d’armée furent retirés du front français : le corps de réserve de la Garde, appartenant à l’armée de von Bülow, et le XI-e corps appartenant à l’armée de von Hausen. Ils furent suivis par la 8-e division de cavalerie. Ces mesures furent probablement notre salut. Imaginez que le corps de réserve de la Garde se soit trouvé à sa place le 7 septembre, et que le XI-e corps, avec la division de cavalerie saxonne, ait été, le 9 septembre, auprès de son armée. Quelles conséquences auraient pu en résulter !».
Pour sa part, le maréchal Joffre déclarait en 1929: «C’est avec un sentiment de profonde satisfaction que je saisis chaque occasion de rendre hommage à la bravoure des Armées russes et de leur témoigner ma profonde reconnaissance pour l’aide efficace qu’elles ont apportée à notre Armée durant ces heures tragiques où l’Allemagne concentra toutes ses forces afin d’écraser, dans son premier élan, la Belgique, l’Angleterre et la France. En lançant en Prusse-Orientale toutes les forces dont elle pouvait disposer, en le faisant avant même qu’elles fussent prêtes et rassemblées, et en transgressant délibérément tous les principes fondamentaux de la conduite de la guerre pour n’en préserver qu’un seul, l’unique principe de la "communauté des intérêts de tous les fronts", l’Armée russe fit preuve de la plus haute compréhension des exigences de la guerre méritant ainsi une reconnaissance éternelle. Je n’oublierai jamais les lourds sacrifices auxquels l’Armée russe s’est alors héroïquement et consciemment condamnée, sacrifices dont le prix fut de contraindre l’ennemi à se retourner contre elle».
Les plus hauts dirigeants britanniques ne s’exprimaient pas de manière moins convaincante. Le ministre des Affaires étrangères Edward Grey, dans ses mémoires en deux volumes, publiés en 1925, écrivait sans ambiguïté : «Que l’on n’oublie jamais que l’énergie et l’abnégation exceptionnelles avec lesquelles la Russie lança son offensive sauvèrent les Alliés à l’automne 1914». (Viscount Grey of Fallodon, Twenty-Five Years, p. 183).
Le futur Premier ministre, alors ministre de la Marine, Winston Churchill, lui faisait écho : «Grâce à la loyauté du Tsar et de l’Armée russe, l’offensive rapide en Prusse-Orientale fut déclenchée deux semaines après la déclaration de guerre. Nous savons combien cela ébranla les nerfs de l’état-major général allemand et le conduisit à décider de retirer deux corps d’armée de l’aile droite au cours de la crise qui précéda la bataille de la Marne. On peut, à juste titre, considérer que ce fait exerça une influence décisive sur l’issue de la guerre. Et s’il en est ainsi, alors, longtemps après, lorsque la génération ingrate actuelle ne sera plus de ce monde, le Tsar et ses soldats devront recevoir le plus grand des hommages».
Les témoins et les participants français directs à ces événements exprimaient eux aussi leur reconnaissance avec la même ferveur. Contrairement aux historiens d’aujourd’hui — ou, pour mieux dire, aux "fabricants de la version officielle de l’Histoire" —, ils ne répugnaient pas à rendre hommage à l’acte de dévouement et de sacrifice accompli par la Russie, en la personne du Souverain et de ses vaillants soldats. Le général Mangin, l’un des éminents chefs militaires français et proche collaborateur des commandants en chef, écrit dans son ouvrage Comment s’est terminée la guerre de 1914-1918 : «Les Alliés ne doivent jamais oublier le service qui leur fut rendu par la Russie, qui commença la campagne avec une rapidité surprenante. Grâce à cette offensive, non seulement onze corps d’armée, constituant le dispositif allemand face aux forces russes, furent retenus sur le front oriental, mais encore deux corps d’armée furent prélevés sur le front français et furent absents lors de la bataille de la Marne».
Sur le même sujet, voici le témoignage d’un autre éminent général français, le général Niessel : «Tout le monde sait combien notre situation fut critique pendant la bataille de la Marne. Il ne fait aucun doute que la diminution de l’Armée allemande de deux corps d’armée et d’une division de cavalerie constitua le poids qui fit pencher la balance du destin en notre faveur».
Le collaborateur du maréchal Lyautey, l’historien militaire, le colonel de Witt Guizot, écrit dans son ouvrage Les grandes étapes des victoires de 1914-1918 : «Sur l’insistance du général Joffre et du gouvernement français, la Russie, pour nous tirer d’affaire et immobiliser les corps d’armée allemands en Prusse, passa courageusement à l’offensive. Le 17 août, elle pénétra en Prusse-Orientale et mit les Allemands en déroute à Gumbinnen, ce qui incita le Grand Quartier général allemand à rappeler du front français quatre divisions.Nos alliés nous rendirent ainsi un immense service».
Il n’est pas non plus sans intérêt de lire ce qu’écrit le colonel américain Naylor, directeur de l’Académie d’état-major, dans son ouvrage The Marne Miracle : «La France pensait qu’au début de la guerre elle devrait faire face seule à l’Allemagne. Elle ne croyait pas que la Russie serait en mesure de lui apporter une aide sérieuse au cours de la première période. Ces calculs se révélèrent erronés. Contre toute attente — et contre les attentes de tous, y compris celles des Allemands — la Russie envahit rapidement la Prusse-Orientale, ce qui contraignit Moltke à effectuer le malheureux transfert vers l’Est du corps de réserve de la Garde et du XI-e corps, affaiblissant ainsi la pression exercée sur les Alliés sur le front occidental». (pp. 37-38), Et, avec cette aisance qui caractérise les Américains, il écrit ensuite, presque en guise de conclusion : «La bataille de la Marne fut gagnée par les cosaques russes». (W. K. Naylor, The Marne Miracle, p. 90), On peut supposer qu’une formulation aussi hardie ne soit peut-être pas du goût du lecteur français, bien qu’elle contienne une part de vérité incontestable, sans que cela recouvre toute la vérité !
De tels témoignages, formulés par de nombreux Alliés faisant autorité, pourraient être multipliés à l’infini. Mais passons plutôt aux déclarations provenant du camp ennemi, du côté allemand, et écoutons l’opinion du général Falkenhayn, qui succéda au général comte Moltke au poste de Chef de l’État-major général allemand : «L’absence des unités retirées du front occidental avant la bataille de la Marne et avant celle de Tannenberg se fit vivement sentir à l’Ouest. Il est à peine possible de souligner suffisamment l’influence désastreuse de ce facteur sur le déroulement de cette période de la guerre». (Falkenhayn, The German General Staff, p. 22 . "Désastreuse", naturellement, pour l’Allemagne, mais nullement pour les Alliés ! «L’affaiblissement du front occidental se fit fortement sentir. À l’Est, trois corps d’armée furent retirés de la ligne de combat, et qui plus est de la moitié occidentale du front, c’est-à-dire de son aile offensive. C’est pourquoi leur absence se fit particulièrement sentir au cours de la longue bataille de la Marne et après celle-ci».
De son côté, le général Ludendorff ne cachait pas son attitude critique à l’égard de la politique militaire du Chef d’État-Major, le comte Moltke. Dans Army Quarterly, il revient à plusieurs reprises sur les décisions de cette politique, qu’il qualifie de «lourdes de conséquences funestes». Par cette politique, il entend évidemment le retrait de deux corps d’armée du front occidental et leur transfert vers le front oriental, ce qui, selon lui, priva l’Allemagne d’une victoire qui paraissait assurée et entraîna l’effondrement de son offensive à la suite du détournement de forces allemandes provoqué par l’offensive russe. Dans Die Unbotmäßigkeit im Kriege, il accuse directement Moltke d’être personnellement et directement responsable de la défaite inattendue des forces allemandes sur la Marne : «Notre offensive à l’Ouest s’est effondrée parce que le général Moltke retira des troupes du front victorieux, et c’est ainsi que survint la “drame de la Marne”. Il est terrible de penser que le général Moltke interrompit l’offensive victorieuse de l’armée allemande et empêcha une issue brillante et heureuse de la guerre». Ce qui, pour les Allemands, se transforma en «drame de la Marne», n’est finalement que l’autre face du «Miracle de la Marne» pour les Français.
Nous terminerons cette liste de témoignages par les paroles de l’historien militaire allemand, le major Hans Schmidt, dans son ouvrage Tannenberg et la Marne : «L’impression produite par la défaite de Gumbinnen fut extrêmement forte. Deux corps d’armée et une division furent envoyés en Prusse-Orientale depuis les troupes qui combattaient aux abords de Paris. Cela priva [l’armée allemande] de la possibilité de remporter la victoire sur la Marne, entraîna la retraite et eut une influence sur le cours de toute la guerre, car cela détruisit tous les espoirs de la voir s’achever rapidement et victorieusement».
Nous comprenons que cette longue liste de citations puisse lasser le lecteur par son caractère répétitif. Mais c’est précisément la convergence de tous ces témoignages, émanant aussi bien de chefs militaires français que de responsables allemands et britanniques, qui confirme que, selon leur opinion commune, l’entrée rapide et désintéressée de la Russie dans la guerre, au tout début de la Première Guerre mondiale, en réponse, rappelons-le, à l’appel désespéré de la France à l’aide, joua un rôle décisif dans le succès des Alliés sur le front occidental. Tous soulignent que l’offensive russe en Prusse-Orientale contraignit le haut commandement allemand à retirer une partie de ses forces du front français, affaiblissant ainsi l’offensive allemande au moment décisif de la bataille de la Marne, ce qui détermina finalement l’issue heureuse de cette bataille.
C’est là que réside la clé principale du célèbre «Miracle de la Marne». Sans l’intervention chevaleresque et désintéressée de la Russie, il n’aurait tout simplement pas été question de «Miracle de la Marne». C’est exactement l’inverse qui aurait pu se produire.
Mais qui le sait aujourd’hui ? Et comment pourrait-on le savoir, si aucun manuel scolaire, aucune encyclopédie n’en dit aujourd’hui le moindre mot ? Pourtant, comme nous le voyons, il n’en était pas ainsi il y a cent ans, lorsque les témoins directs de ces événements n’hésitaient pas à exprimer leur reconnaissance envers leur fidèle alliée russe.
Et qu’en est-il aujourd’hui … Il suffit de consulter l’exposé des faits que donne l’encyclopédie Wikipédia. Convenons que Wikipédia n’est pas une source strictement scientifique. Néanmoins, selon les propres termes de Wikipédia, elle «est le plus grand et, en même temps, le plus consulté des ouvrages de référence, ainsi que l’encyclopédie la plus complète jamais créée dans toute l’histoire de l’humanité». Autrement dit, l’encyclopédie ne fournit pas nécessairement une réponse strictement scientifique aux questions de ses lecteurs, mais elle expose ce que, de l’avis général, tout lecteur ordinaire, non spécialiste, est censé savoir sur une question donnée.
Ainsi donc, posons à la célèbre encyclopédie la question de la «bataille de la Marne». Le lecteur se voit proposer un long article qui s’étend sur vingt pages imprimées. La première et unique allusion à la Russie — et encore, elle est fort insignifiante, simple allusion — n’apparaît qu’à la dix-huitième page ! On y lit que la principale cause de l’échec de l’Allemagne fut que le général Moltke dispersa ses forces sur le flanc oriental ; une explication est certes donnée, mais uniquement entre parenthèses : «(Le corps de réserve de la Garde et le XI-e corps d’armée furent envoyés sur le front russe)». Et c’est tout ! Comme nous l’avons vu, les principaux bénéficiaires de cette aide décisive de la Russie avaient été autrement loquaces ! À la toute fin, on affirme encore, sans la moindre mention de la Russie, que l’Allemagne aurait pu remporter la victoire si ces deux corps d’armée n’avaient pas été envoyés sur le front de Prusse-Orientale. Quant à savoir pourquoi et dans quel but ces corps furent envoyés là-bas — à vous de le deviner !
En revanche, l’encyclopédie décrit dans les moindres détails l’exploit des fameux «taxis de la Marne», comme si c’était précisément grâce à eux que la France avait réussi à remporter la victoire sur les troupes allemandes. Au fil des cent dernières années, un véritable culte s'est développé et imposé autour de ces chauffeurs de taxi qui, rappelons-le, répondant à une réquisition du général Galiéni, avaient acheminé des renforts de troupes sur le champ de bataille. Grâce à cette légende populaire, nombreux sont ceux qui considèrent que ce sont eux qui ont sauvé la France du désatre militaire. Ne cherchons pas à minimiser le courage de ces chauffeurs de taxi, mais il est difficile de comparer sérieusement leur contribution personnelle à la victoire avec celle de l’Armée russe. Pourtant, les uns sont portés aux nues, tandis que l’on préfère garder le silence sur les autres.
Voilà donc comment est écrite et enseignée l’histoire — du moins lorsqu’il s’agit de notre Russie historique.
Nous sommes également allés voir ce qui se dit sur l'Internet russe, où ces questions font l’objet de discussions. En lisant les commentaires on en arrive presque à avoir la nausée. Comment peut-on haïr à ce point son propre pays, son propre passé, sa propre histoire ? On y voit sans cesse évoquer, avec une sorte de jubilation malsaine, la "boucherie" à laquelle de jeunes victimes auraient été envoyées par cet "incapable pouvoir tsariste", qui haïssait et méprisait à ce point ses propres enfants. Ce sont probablement les mêmes qui, le 9 mai, s’enthousiasment et admirent avec ferveur les exploits de Joukov. Ce ne sont que des sarcasmes "à la Smerdiakov" à l’encontre de notre grand passé historique. Pitoyable.
Je me souviens également de la manière dont, en 2014, la France célébra le centenaire de la Grande Guerre. Un grandiose défilé fut organisé, auquel participèrent toutes sortes d’unités militaires ayant pris part aux combats. De pittoresques troupes coloniales africaines, qui avaient combattu courageusement aux côtés des soldats français et versé généreusement leur sang pour la cause commune des Alliés, étaient naturellement présentes. Il y avait également des représentants des régiments britanniques, ainsi que des Américains, qui étaient entrés en guerre quelques mois seulement avant sa fin, alors que la victoire était déjà devenue incontestable. Un hommage et des remerciements furent rendus à tous les peuples et à toutes les nations ayant participé à la grande victoire. Tous les peuples furent remerciés. Tous. Enfin, presque tous : la Russie, elle, fut oubliée, complètement ignorée. Comme si elle n’avait jamais participé à la guerre et n’avait mérité aucune reconnaissance — exactement comme dans Wikipédia lorsqu’il est question du «Miracle de la Marne».
Et pourtant, il fut un temps où le Commandant en chef français, le maréchal Foch, ne se faisait pas prier pour déclarer : «Si la France n’a pas été rayée de la carte de l’Europe, c’est avant tout à la Russie que nous le devons». Ici, chaque mot mérite d’être pesé et mûrement réfléchi. Tel est précisément l’objectif de notre article : faire revivre la vérité historique concernant la Russie.
Nos Pères et nos Grands-Pères, qui se sont retrouvés en exil, ont apporté une contribution immense à la cause de la vérité historique. Trois générations ont passé, et ce trésor ne doit pas être perdu. Nos Pères et nos Grands-Pères ont travaillé afin de nous laisser une image fidèle de notre passé. C’est à cette tâche que nous nous sommes consacrés à notre tour, en nous appuyant largement sur leurs souvenirs et leurs travaux, fondés sur des faits et des témoignages incontestables. Nous devons savoir et proclamer, même si le monde qui nous entoure ne veut pas le reconnaître aujourd’hui, qu’il y eut des victoires, qu’il y eut des défaites, mais que la Russie a honnêtement accompli son devoir et a remporté la guerre. C’est en vain que les corbeaux croassaient, annonçant la mort de la Russie et s’en réjouissant. Nous étions au seuil de la victoire lorsque la Russie fut mortellement frappée dans le dos par de misérables traîtres, après quoi elle sombra dans l’abîme.
Le valeureux général-major Sergueï Dmitrievitch Pozdnycheff, qui présida pendant de nombreuses années l’«Union des Défenseurs de la Mémoire Sacrée de l’Empereur Nicolas II», nous adresse, ainsi qu’aux générations futures, une profonde exhortation : «Nous avons besoin de la vérité. Cette vérité témoignera que la perte de la Russie ne fut pas la conséquence d’une défaite militaire, mais de la trahison, de la félonie, de la lâcheté et de la tromperie. Il ne faut pas chercher la vérité dans les sources soviétiques, où elle n’existe pas et ne peut exister, mais auprès de ceux pour qui la Russie est une mère véritablement aimée, qui honorent leur passé russe et en sont fiers».
Protodiacre Germain Ivanoff-Trinadtzaty