SERMON du 6-e DIMANCHE après PÂQUES

Dimanche de l'aveugle-né


Liturgie : Actes XVI, 16-34 ; Jean IX, 1-38


CHRISTOS VOSKRESE !
Bien-aimés Frères et Sœurs,


Ce Dimanche de l’aveugle-né est unifié par la notion de Lumière.

I – Nous avons d’abord le récit des Actes évoquant cette servante dotée d’un esprit de prophétie ou de voyance dont ses maîtres tiraient grand profit car on la consultait. En l’occurrence d’ailleurs cette voyante rendait hommage à la qualité de «serviteurs du Dieu très haut» de Paul et de Silas. Elle les suivait ainsi, mais Paul, discernant celui qui était en elle, chasse cet esprit, ce démon en somme … si bien que la servante ne peut plus dire la bonne aventure, ce qui tarit les ressources qu’elle apportait à ses maîtres. Il en résulta une plainte de ceux-ci et une suite judiciaire que nous laisserons de côté.

Ce que nous retiendrons par l’exemple de cette voyante, c’est qu’il y a une fausse lumière (même quand celle-ci, en apparence, transmet des informations exactes) – donc un faux esprit de prophétie. Un prêtre que j’ai connu, catholique mais ayant de bonnes réactions chrétiennes, avait dans sa ville une cartomancienne et voyante de renom : elle avait beaucoup de "clients" et plusieurs fidèles de ce prêtre lui en avaient parlé, y étaient allés et avait été très impressionnés : «Elle nous a dit bien des choses exactes et nous annoncé …».

Ce prêtre décida d’y aller lui-même comme un client anonyme, mais, comme il avait de bons réflexes chrétiens, il mit dans sa poche son chapelet – tchiotki –. La voyante commença à parler et à annoncer …, et le prêtre, subrepticement, mit la main dans la poche du chapelet. La voyante continue de parler quelques instants, puis s’interrompt : «C’est étrange : je ressens une nette réticence de Celui qui ordonne …». "Celui qui ordonne" était un démon, tout comme dans le cas de cette servante exorcisée par l’Apôtre Paul.
C’est ce que l’on constate aussi de nos jours dans "l’esprit de prophétie" qui anime certains sectaires, qui se mettent aussi à parler dans des langues inconnues …

Mais tout ce qui luit n’est pas la vraie lumière : c’est de celle-ci qu’il est dit – dans l’évangile de Matthieu (V, 14-16) parlant des apôtres : Vous êtes la lumière du monde. C’est le Christ qui est la lumière authentique, Il le dit dans cette péricope même, et c’est cette vraie lumière qu’Il donne à l’aveugle né qui se convertit. Celui-ci, en effet, retrouve la vue et comme il est dit à la fin de l’évangile de ce jour, il se prosterne devant le Christ.

II – La péricope de l’aveugle né est longue et complexe.

Les apôtres, conformément aux habitudes des Juifs ainsi que je l’avais dit dans le sermon sur le paralytique, demandent si c’est lui ou ses parents qui avaient péché. Le Christ répond que ce n’est ni lui ni eux, mais qu’il est ainsi infirme, «afin que les œuvres de Dieu soient manifestées» – et nous comprenons par là que dans la vie humaine rien n’est hasard, mais que tout est providentiellement marqué – ce qui nous invite à méditation.

Singulier est le lent processus de déroulement du miracle de l’aveugle né. Il est arrivé d’autres fois qu’un mot suffise au Christ pour guérir des infirmes, des aveugles en particulier. Ici, il crache dans la terre, fait une pâtée de boue, en oint les yeux de l’aveugle qu’Il envoie se laver à la piscine de Siloé. L’homme y va, se lave là et est guéri. En lui recréant des yeux avec ce mélange de terre et de salive, le Christ agit en tant que Créateur : la terre a produit par Son ordre – récit de la Genèse – les êtres vivants. De la même manière, il crée Eve en prélevant une côte d’Adam. Nous savons aussi que, de chaque homme, il est dit : Tu es terre et tu retourneras à la terre.

Mais le Christ lui ayant ainsi mystérieusement recréé les globes oculaires, envoie l’aveugle se laver à la piscine de Siloé. L’aveugle, potentiellement, peut voir – quoiqu’il ne le sache pas encore –, mais le Christ l’envoie se laver à la piscine de Siloé, dont il revient en voyant parfaitement. Parce que cette piscine que l’ange agitait parfois c’est un aspect de la «Foi Transmise» des Juifs. Foi transmise, nous orthodoxes sommes sensibles à cette notion. Or le Christ a dit – cela est rappelé dans l’évangile de Matthieu – qu’Il n’est pas venu détruire la Loi, mais l’accomplir. [Il précise encore qu’il n’y a pas de «petit commandement» et que quiconque négligera un de ces «petits commandement», un iota de la Loi, sera dit «très petit» dans le royaume des cieux.]

III – Mais alors Lui-même, le Christ notre Dieu, qu’est-Il en train de faire ? Avec cette pâtée de boue qu’Il fabrique et dont Il oint les paupières de l’aveugle, n’est-Il pas en train de manquer au repos du Sabbat qui n’est pas un petit commandement ?

A la Samaritaine, le Christ a dit : «Ce n’est ni à Jérusalem ni ailleurs que vous devrez adorer car vous adorerez Dieu en esprit et en vérité». La Foi a succédé à la Loi dont elle est l’accomplissement et qu’elle transfigure. Nous aussi nous respectons le nouveau Sabbat – qui commence même par les vêpres du samedi soir mais qui se développe en ce «premier jour de la semaine», le Dimanche. Nous sanctifions ce jour, mais nous prions aussi pour «ceux qui pour de bonnes raisons sont absents». De la même manière, le jeûne eucharistique est rigoureusement prescrit, mais quand le prêtre secourt un malade à l’hôpital, il lui donne la Communion, alors que ce malade n’a pas jeûné. «Vous adorerez en esprit et en vérité».

Face à ce miracle de la guérison de l’aveugle né, ce respect des traditions juives (la fontaine de Siloé), il y a aussi le formalisme buté des pharisiens. Ils ont eu sous les yeux la Lumière du monde, ils ont vu en l’aveugle l’œuvre de Dieu, mais ils objectent le respect du sabbat. Faire un miracle le jour du sabbat leur semble contraire au repos sabbatique. Mais Celui qui a recréé l’œil de l’aveugle est aussi Celui qui a institué le sabbat ! … Il l’a dit : le sabbat est fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat !

Il n’importe, pour ces pharisiens, Celui qui a ainsi guéri en ce jour ne peut être qu’un pécheur.

D’où les interrogatoires à perte de vue de l’aveugle guéri, de ses parents, l’atmosphère de pointillisme juridique et inquisitorial qui pèse sur ces derniers en particulier. L’aveugle guéri y échappe et retourne à ses interrogateurs cette question humoristique : «Voulez-vous, vous aussi, vous convertir à cet homme

Il se fait rabrouer, mais lui, par contre il a parfaitement compris. Celui qui lui a rendu la vue, ce que personne n’a jamais fait, ne peut que venir de Dieu.

Or quand il a le bonheur de rencontrer Jésus, Celui-ci lui demande : «Crois-tu au Fils de Dieu ?» - «Qui est-ce ?» - «Celui-là même qui te parle», alors il Lui dit : «Je crois, Seigneur» et il se prosterne devant Lui.

Il est guéri et il est sauvé !

L’aveugle-né guéri est l’antagoniste du paralytique monstrueusement ingrat, d’Isaac Lakedem, le Juif errant, que nous avons évoqué il y a deux semaines. Que l’aveugle-né guéri et sa bouleversante et salvifique gratitude soient toujours avec nous !

AMIN

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